INTRODUCTION
L'égalité n'existe que chez les bêtes. De tout temps, en tous pays, soustous les régimes politiques, il a existé une noblesse, sinon une aristocratie.Là où elle n'a pas été organisée et fixée par des lois, elle s'est introduite parl'usage et a pris ses aises. Les institutions démocratiques sont celles qui favori-sent le plus les prétentions de la vanité et ouvrent les sources les plus abon-dantes à ce que l'on a si justement appelé la noblesse de contrebande. Tousles efforts que l'on fera pour détruire les distinctions nobiliaires seront vains,parce qu'ils vont directement à l'inverse de la nature humaine. On pourra enchanger le nom, en varier les formes, en modifier le caractère, on ne par-viendra jamais à effacer du cœur humain le désir de valoir mieux que lesautres et d'en porter la marque extérieure. Vous le constatez chez les sau-vages, vous le retrouvez à l'origine des peuples comme chez les nations endécadence, comme aux plus belles heures de la civilisation. La forme du gou-vernement n'y peut rien et les lois pas davantage. Quand elles prétendent yfaire obstacle, comme ces végétations que l'on croit étouffer sous une dalle,ses instincts naturels, au lieu de produire un bel arbre, jettent de tous côtés,au hasard, des rameaux rabougris et stériles ; le beau résultat !
La noblesse a toujours commencé par être personnelle. Une conséquencede la noblesse personnelle est l'hérédité. L'hérédité, après avoir été un effet,devient à son tour une cause. Quand la noblesse est un élément constitutionneldans l'Etat, c'est l'hérédité qui lui sert de base, indépendamment même de lapropriété du sol. Cette hérédité se signale par le nom et par le respect qu'ilinspire à ceux qui le portent, aussi bien qu'à ceux qui le voient bien porter.Tout le monde est fier d'un nom honorable, à plus forte raison s'il est illustre.Il faudrait plaindre et peut-être mépriser ceux qui auraient un autre sentiment.
A l'extérieur les signes de la noblesse se sont montrés suivant les tempset les lieux sous les formes les plus diverses. Quand les nobles étaient des