Ixxxiv
que l'on portail alors au cou , et qu'elle offrît des des-sins agréables aux yeux.
II s'établit, aux moyens temps de la chevalerie,un usage fort bizarre à l'égard de la nappe. Lors-qu'on voulait faire affront à quelqu'un, on envoyaitun héraut ou un roi d'armes couper la nappe devantlui, ou mettre son pain à l'envers. Cela s'appelaittrancher la nappe , et se pratiquait surtout vis-à-visde ceux qui avaient commis quelque bassesse ouquelque lâcheté.
On trouve dans notre histoire un exemple mémo-rable de cet usage.
Charles VI avait à sa table ,1e jour de l'Epiphanie,plusieurs convives illustres , entre lesquels étaientGuillaume de Hainaut, comte d'Ostrevant. Tout àcoup un héraut d'armes vint trancher la nappe de-vant le comte, en lui disant qu'un prince qui neportait pas d'armes n'était pas digne de manger à latable du roi. Guillaume, surpris, répondit qu'il por-tait le heaume, la lance et l'écu, ainsi que les autreschevaliers. « Non, sire , cela ne se peut, répondit« le plus vieux des hérauts. Vous savez que votre« grand oncle a été tué par les Frisons, et que , jus-te qu'à ce jour, sa mort est restée impunie. Certes,« si vous possediez des armes, il v a long-temps« qu'elle serait vengée. » Cette terrible leçon opérason effet ; le comte ne pensa plus qu'à réparer sahonte , et bientôt il en vint à bout.
On a vu plus haut la manière dont le vin étaitservi dans les festins gaulois. Ils avaient aussi desvases qui n appartenaient qu'aux braves de la nation,et qui leur étaient spécialemen t propres : tels étaient les