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Quelques jours avant de déclarer la guerre à laPrusse, l'empereur parut à son déjeuner, la figurerembrunie et paraissant occupé d'un vaste projet.A peu près un mois avant cette époque remarqua-ble, il avait demandé à M. Dunan pourquoi il nelui serv ait jamais de crépinettes de cochon. Ce goûtn'était point gastronomique, et était peu fait pour en-courager la cuisine impériale. Aussi son maître-d'hôtel lui observa que ce mets ne convenait point àSa Majesté, et que ces crépinettes étaient par tropindigestes pour qu'on lui en servît. Le maître-d'hôtelfit faire le lendemain des crépinettes de perdreauxet les servit au déjeuner. L'empereur en fit compli-ment, en mangea beaucoup et les trouva excellentes.Encouragé par cette douce réception , M. Dunan enmarqua sur son menu un mois après (1). Mais,grand Dieu! quel accueil elles reçurent ! l'empereur,après avoir pris son potage, déclocha avec vivacitéla première assiette , et l'aspect de ces pauvres cré-pinettes le fit tout-à -coup sortir de son caractère : ilpoussa brusquement la table et la renversa, avec toutce qui la couvrait, sur un magnifique tapis; il se re-tira ensuite tout en colère dans son cabinet (2). Lemaître-d 'hôtel me raconta qu 'à ce moment il lui
(1) Le déjeuner se composait de six assiettes sur lesquelles se trou-vaient des côtelettes de veau , du poisson, de la volaille , du gibier, unentremets de légumes et des œufs à la coque.
(2) Je pense que ce mets délicieux avait sans doute rappelé á Napo-léon quelques mauvais succès ; car les rois ne sont point exempts detribulations : les vicissitudes humaines atteignent le riche comme le pau-ïre > le fort cenime lc faible.
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