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Vous le voyez , Madame, vous demandez pournous des couronnes, et notre auteur gastronomiquedemande la gloire et la fortune. Mais ces souhaits,'énéreux sont loin d'avoir leur effet. L'estime desgrands nous suffit dans nos temps modernes, et lcnoble Amphitryon qui nous honore de sa bienveil-lance double notre zèle et notre dévouement.
Oai, Madame, le suicide de Yatel (1) fut rendudramatique et historique par madame de Sévigné ;cette femme célèbre sut sans doute apprécier la con-duite de ce grand serviteur, qui, voyant la maréemanquer (il suffit d'avoir du sang dans les veinespour sentir sa position critique), se crut perdu deréputation : car, dans sa pensée, il avait à coeur deservir les tables des seigneurs de la cour de LouisXIV aussi bien que celle de ce grand roi. Cetteidée causa son désespoir, et il préféra se donner la
(1) Arrivé le 24 avril 1602.
Voici ce que madame de Sévigné écrit à sa fille sur ce tragique événe-ment: « Le grand Vatel, cet homme d'une capacité distinguée de toutesles autres, dont la bonne tête était capable de contenir tous les soinsd'un état ; cet homme donc , que je connaissais , voyant que ce matinà huit heures la marée n'était pas arrivée, n'a pu soutenir l'affront dontil a cru qu'il allait être accablé ; en un mot il s'est poignardé. Vous pou-vez penser l'horrible désordre qu'un si terrible accidenta causé dans cettefête, qui coûta plus de 60,000 écus. «
( Extrait de la lelire CLII, t. 2. )
La veille de cette mort illustre dans les fastes de l'art culinaire, il avaitmanqué deux plats de rots sur l'une des nombreuses tables des sei-gneurs de la cour, mais non pas sur la table du roi. Ce même jour,ii minuit, le feu d'artifice, qui avait coûté 16,000 fr. , manqua. Lepauvre Vatel ne dormit pas ; inquiet toute la matinée, il quitta sa chaut-ure dès quatre heures du matin , et rencontra un seul pourvoyeur qui-ui apportait denx charges de maréee. Vatel avait envoyé à tous les