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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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414 LES AVANTURESfaire semblant de le connoître ? Quel est donc ce mystére ? Serai-jetoujours malheureux ? Les Dieux irritez veulent-ils me tenir, com-me Tantale altéré, qu'une eau trompeuse amuse s'enfuyant de seslèvres avides ? Ulysse! Ulysse, m'avez-vous échapé pour jamais?Peut-être ne le verrai-je plus ! Peut-être que les amans de Pénélopele feront tomber dans les embuches qu'ils me préparoient ! Aumoins si je le suivois, je mourrois avec lui! O Ulysse! ô Ulysse!si la tempête ne vous rejette pas encore contre quelque écueil (carj'ai tout à craindre de la fortune ennemie) je tremble que vousn'arriviez à Ithaque avec un sort aussi funeste qu'Agamemnon à My-cénes. Mais pourquoi, cher Mentor, m'avez-vous envie mon bonheur ? Maintenant je l'embrasserois, je serois déja avec lui dans leport d'Ithaque, nous combattrions pour vaincre tous nos ennemis.Mentor lui répondit en souriant: Voyez, mon cher Teléma-que, comment les hommes sont faits. Vous voilà tout désolé,parce que vous avez vu votre pére sans le reconnoître. Que n'eus-siez-vous pas donné hier pour être assuré qu'il n'étoit pas mortaujourd'hui vous en êtes assuré par vos propres yeux; & cette assu-rance qui devroit vous combler de joie, vous laisse dans l'amertu-me. Ainsi le cœur malade des mortels compte toujours pour rience qu'il a le plus désiré, dès qu'il le posséde ; & il est ingénieuxpour se tourmenter sur ce qu'il ne possede pas encore. C'est pourexercer votre patience que les Dieux vous tiennent ainsi en suspens.Vous regardez ce tems comme perdu, sachez que c'est le plusutile de votre vie ; car il vous éxerce dans la plus nécessaire detoutes les vertus pour ceux qui doivent commander. Il faut êtrepatient pour devenir maître de soi & des autres : l'impatience quiparoît une force & une vigueur de l'ame, n'est qu'une foiblesse &une impuissance de souffrir la peine. Celui qui ne sait pas attendre& soustrir, est comme celui qui ne sait pas se taire sur un secret;l'un & l'autre manquent de fermeté pour se retenir, comme unhomme qui court dans un chariot, & qui n'a pas la main assez fer-me pour arrêter, quand il faut, ses coursiers fougueux ; ils n'o-béissent plus au frein, ils se précipitent; et l'homme foible auquel