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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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DE TELEMAQUE. Liv. XXIV. 413insensez les rives de l'Hébre & les montagnes de Rhodope & Is-mare.Enfin il revient un peu de cette espéce d'enchantement; ses lar-mes recommencent à couler de ses yeux ; & alors Mentor lui dit :Je ne m'étonne point, mon cher Télémaque, de vous voir pleu-rer ; la cause de votre douleur qui vous est inconnuë, ne l'est pas àMentor ; c'est la nature qui parle, & qui se fait sentir : c'est ellequi attendrit votre cœur. L'inconnu qui vous a donné une si viveémotion, est le grand Ulysse : ce qu'un vieillard Phéacien vous a ra-conté de lui sous le nom de Cléoménes, n'est qu'une fiction, pourcacher plus surement le retour de votre pére dans son Royaume. Ils'en va droit à Ithaque; déja il est bien près du port, & il revoit en-fin ces lieux si long-tems désirez : vos yeux l'ont vu, comme onvous l'avoit prédit autrefois, mais sans le connoître; bientôt vousle verrez, vous le connoîtrez, & il vous connoîtra. Mais mainte-nant les Dieux ne pouvoient permettre votre reconnoissance horsd'Ithaque. Son cœur n'a point été moins ému que le vôtre; il esttrop sage pour se découvrir à nul mortel dans un lieu il pourroitêtre exposé à des trahisons & aux insultes des cruels amans de Pénélope. Ulysse votre pére est le plus sage de tous les hommes; son cœurest comme un puits profond, on ne sauroit y puiser son secret. Ilaime la vérité, & ne dit jamais rien qui la blesse, mais il ne la ditque pour le besoin; & la sagesse, comme un sceau, tient tou-jours ses lèvres fermées à toutes paroles inutiles. Combien a-t-il étéému en vous parlant ! Combien s'est-il fait de violence pour ne sepoint découvrir ! Que n'a-t-il pas souffert en vous voyant ! Voilàce qui le rendoit triste & abattu.Pendant ce discours, Télémaque attendri & troublé ne pouvoitretenir un torrent de larmes : les sanglots l'empêcherent même longtems de répondre; enfin il s'écria: Hélas! mon cher Mentor, jesentois bien dans cet inconnu je ne sai quoi qui m'attiroit à lui, &qui remuoit toutes mes entrailles. Mais pourquoi ne m'avez-vouspas dit avant son départ, que c'étoit Ulysle, puisque vous le con-noissiez ? Pourquoi l'avez-vous laissé partir sans lui parler, & sansfai-Fff