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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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DE TELEMAQUE. LIV. XXIV. 405des Dieux pour trouver dans tout un Royaume deux ou trois vraisamis d'une sagesse & d'une bonté constante, trouve bientôt par euxd'autres personnes qui leur ressemblent pour remplir les places infé-rieures. Par les bons auxquels on se confie, on apprend ce qu'on nepeut pas di$cerner par $oi-même dans les autres $ujets.Mais faut-il, disoit Télémaque, se servir des méchans quand ilssont habiles, comme je l'ai ouï dire tant de fois ? On est souvent,répondit Mentor, dans la nécessité de s'en servir. Dans une nationagitée & en désordre, on trouve souvent des gens injustes & artifi-cieux qui sont déjà en autorité : ils ont des emplois importans qu'onne peut leur ôter, ils ont acquis la confiance de certaines personnespuissantes qu'on a besoin de ménager; il faut les ménager eux-mes, ces hommes scélérats, parce qu'on les craint, et qu'ils peu-vent tout bouleverser. Il faut bien s'en servir pour un tems; maisil faut aussi avoir en vuë de les rendre peu à peu inutiles. Pour lavraye & intime confiance, gardez-vous bien de la leur donner jamaiscar ils peuvent en abuser, & vous tenir ensuite malgré vous par vo-tre secret, chaîne plus difficile à rompre que toutes les chaînes defer. Servez-vous d'eux pour des négociations passagéres. Traitez-lesbien, engagez les par leurs passions mêmes à vous être fidéles ; carvous ne les tiendrez que par- : mais ne les mettez point dans vosdélibérations les plus secretes. Ayez toujours un ressort prêt pourles remuër à votre gré, mais ne leur donnez jamais la clef de votrecœur ni de vos affaires. Quand votre Etat devient paisible, réglé,conduit par des hommes sages & droits, dont vous êtes sur, peuà peu les méchans dont vous étiez contraint de vous servir, devien-nent inutiles. Alors il ne faut pas cesser de les bien traiter ; car iln'est jamais permis d'être ingrat, même pour les méchans : maisen les traitant bien, il faut tacher de les rendre bons. Il est néces-saire de tolérer en eux certains défauts qu'on pardonne à l'humani-, il faut néanmoins relever peu à peu l'autorité, & réprimer lesmaux qu'ils feroient ouvertement, si on les laissoit faire. Après toutc'est un mal que le bien se fasse par les méchans ; & quoique ce malsoit souvent inévitable, il faut tendre néanmoins peu à peu à le fai-Eee 3