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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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DE TELEMAQUE. Liv. XXIV. 407vance vers eux sur ces rivages escarpez. Aussitôt il demande au pré-mier homme qu'il rencontre, s'il n'a point vu Ulysse Roi d'Ithaquedans la maiſon du Roi Alcinoüs.Celui auquel il s'étoit adressé par hazard, n'étoit pas Phéacienc'étoit un étranger inconnu qui avoit un air majestueux, mais triste& abattu : il paroissoit rêveur, & à peine écouta-t-il d'abord laquestion de Télémaque ; mais enfin il lui répondit : Ulysse, vousne vous trompez pas, a été reçu chez le Roi Alcinoüs comme en unlieu l'on craint Jupiter, & l'on exerce l'hospitalité : mais iln'y est plus, & vous l'y chercherez inutilement; il est parti pour re-voir Ithaque, si les Dieux appaisez souffrent enfin qu'il puisse jamaissaluer ses Dieux Pénates. A peine cet étranger eut prononcé tristement ces paroles, qu'il se jetta dans un petit bois épais sur le hautd'un rocher, d' il regardoit attentivement la mer, fuyant les hom-mes qu'il voyoit, & paroissant affligé de ne pouvoir partir. Teléma-que le regardoit fixement : plus il le regardoit, plus il étoit ému &étonné. Cet inconnu, disoit-il à Mentor, m'a répondu comme unhomme qui écoute à peine ce qu'on lui dit, & qui est plein d'amer-tume. Je plains les malheureux depuis que je le suis, et je sens quemon cœur s'intéresse pour cet homme, sans savoir pourquoi. Il m'aassez mal reçu. A peine a-t-il daigné m'écouter & me répondre.Je ne puis cesser néanmoins de souhaiter la fin de ses maux. Mentonsouriant, répondit : Voila à quoi servent les malheurs de la vie ; ilsrendent les Princes modérez, & sensibles aux peines des autres.Quand ils n'ont jamais goûté que le doux poison des prospéritez,ils se croyent des Dieux, ils veulent que les montagnes s'applani$sent pour les contenter, ils comptent pour rien les hommes, ilsveulent se jouër de la nature entiére. Quand ils entendent parler dessouffrances, ils ne savent ce que c'est : c'est un songe pour eux, ilsn'ont jamais vu la distance du bien & du mal; l'infortune seule peutleur donner de l'humanité & changer leur cœur de rocher en uncœur humain. Alors ils sentent qu'ils sont hommes, & qu'ils doi-vent ménager les autres hommes qui leur ressemblent. Si un incon- vous fait tant de pitié, parce qu'il est comme vous errant sur ce