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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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DE TELEMAQUE. Liv. XXIV. 40qui y sont, de les tâter de tous côtez, de les sonder pour décou-vrir leurs maximes. Mais pour bien juger des hommes, il faut com-mencer par savoir ce qu'ils doivent être ; il faut savoir ce que c'estque le vrai & solide mérite, pour discerner ceux qui en ont, d'avec ceux qui n'en ont pas. On ne cesse de parler de vertu & de mé-rite, sans savoir ce que c'est précisément que le mérite et la vertu.Ce ne sont que de beaux noms, que des termes vagues pour la plu-part des hommes, qui se font honneur d'en parler à toute heure. Ilfaut avoir des principes certains de justice, de raison, & de vertupour connoître ceux qui sont raisonnables & vertueux. Il faut savoirles maximes d'un bon & sage gouvernement pour connoître les hom-mes qui les ont, & ceux qui s'en éloignent par une fausse subtilitéen un mot, pour mesurer plusieurs corps, il faut avoir une mesurefixe : pour juger des esprits, il faut avoir tout de même des principesconstans auxquels tous nos jugemens se réduisent. Il faut savoir pré-cisément quel est le but de la vie humaine, & quelle fin on doit seproposer en gouvernant les hommes : ce but unique & essentiel estde ne vouloir jamais l'autorité & la grandeur pour soi ; car cette re-cherche ambitieuse n'iroit qu'à satisfaire un orgueil tyrannique : maison doit se sacrifier dans les peines infinies du gouvernement pour ren-dre les hommes bons & heureux : autrement on marche à tâtons &au hazard pendant toute la vie ; on va comme un navire en pleine mer,qui n'a point de Pilote, qui ne consulte point les astres, et à quitoutes les côtes voisines sont inconnuës, il ne peut faire que naufrage.Souvent les Princes, faute de savoir en quoi consiste la vrayevertu, ne savent point ce qu'ils doivent chercher dans les hommes :la vraye vertu à pour eux quelque chose d'âpre, elle leur paroîttrop austére & indépendante : elle les effraye & les aigrit; ils se tournent vers la flaterie : dès lors ils ne peuvent plus trouver ni de sincériténi de vertu. Dès lors ils courent après un vain phantôme de faussegloire, qui les rend indignes de la véritable. Ils s'accoutument bien-tôt à croire qu'il n'y a point de vraye vertu sur la terre ; car les bonsconnoissent bien les mechans : mais les méchans ne connoissent pointles bons, & ne peuvent pas croire qu'il y en ait. De tels PrincesEee 2