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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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392 LES AVANTURESébranlé, que la terre féconde se plait à nourrir dans son sein, &que la hache du Laboureur a toujours respecté, ne lai$$e pas delanguir sans qu'on puisse découvrir la cause de son mal ; il se flé-trit, il se dépouille de ses feuilles qui font sa gloire; il ne montreplus qu'un tronc couvert d'une écorce entrouverte & des branchesséches. Tel parut Idoménée dans sa douleur.Télémaque attendri n'osoit lui parler; il craignoit le jour dupart ; il cherchoit des prétextes pour le retarder, & il seroit de-meuré long-tems dans cette incertitude, si Mentor ne lui eût ditJe suis bien aise de vous voir si change. Vous étiez dur & hau-tain, votre cœur ne se laissait toucher que de vos commoditez &de vos intérêts : mais vous êtes enfin devenu homme, & vouscommencez par l'expérience de vos maux à compatir à ceux desautres : sans cette compassion on n'a ni bonté, ni vertu, ni ca-pacité pour gouverner les hommes ; mais il ne faut pas la poussertrop loin, ni tomber dans une amitié foible. Je parlerois volontiersà ldoménée pour le faire consentir à votre départ, & je vous é-pargnerois l'embarras d'une conversation si facheuse : mais je neveux point que la mauvaise honte & la timidité dominent votrecœur. Il faut que vous vous accoutumiez à mêler le courage & lafermeté, avec une amitié tendre & sensible. Il faut craindre d'af-fliger les hommes sans nécessité ; il faut entrer dans leurs peines,quand on ne peut éviter de leur en faire, & adoucir le plus qu'onpeut le coup qu'il est impossible de leur épargner entiérement. C'estpour chercher cet adouci$$ement, répondit Télémaque, que j'ai-merois micux qu'Idoménée apprit notre départ par vous que parmoi.Mentor lui dit aussitôt : Vous vous trompez, mon cher Té-lémaque ; vous êtes comme les enfans des Rois, nourris dansla pourpre, qui veulent que tout se fasse à leur mode, et quetoute la nature obéisse à leur volonté, mais qui n'ont pas la forcede résister à personne en face. Ce n'est pas qu'ils se soucient deshommes, ni qu'ils craignent par bonté de les affliger, mais c'estpour leur propre commodité; ils ne veulent point voir autourd'eux