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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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DE TELEMAQUE. LIV. XXIII. 391hors de péril, & lui fait signe qu'elle doit accepter ce don. Enle prenant elle dit à Télémaque : Je reçois de vous avec recon-noissance un autre don plus grand, car je vous dois la vie. A pei-ne eut-elle parlé, qu'elle craignit d'avoir trop dit; elle baissa lesyeux, & Télémaque qui vit son embarras, n'osa lui dire que cesparoles : Heureux le fils d'Ulysse d'avoir conservé une vie si pré-cieuse ! Mais plus heureux encore s'il pouvoit passer la sienne aupresde vous. Antiope sans lui répondre, rentra brusquement dans latroupe de ses jeunes compagnes, elle remonta a cheval.Idoménée auroit dès ce moment promis sa fille à Télémaquemais il espéra d'enfamer davantage sa passion en le laissant dans l'in-certitude, & crut même le retenir encore à Salente par le désird'assurer son mariage. Idoménée raisonnoit ainsi en lui-même :mais les Dieux se jouënt de la sagesse des hommes. Ce qui devoitretenir Télémaque, fut précisément ce qui le pressa de partir. Cequ'il commençoit à sentir le mit dans une juste défiance de lui-me. Mentor redoubla ses soins pour lui inspirer un désir impatientde s'en retourner à Ithaque ; il pressa ldoménée de le laisser partir ;le vaisseau étoit déja prêt. Ainsi Mentor qui régloit tous les mo-mens de la vie de Telémaque, pour l'élever à la plus haute gloire,ne l'arrêtoit en chaque lieu, qu'autant qu'il le falloit pour exercersa vertu, & pour lui faire acquérir de l'expérience. M'entor avoiteu soin de faire préparer le vaisseau dès l'arrivée de Télémaque ;mais ldoménée, qui avoit eu beaucoup de répugnance à le voirpréparer, tomba dans une tristesse mortelle & dans une désolationà faire pitié, lorsqu'il vit que ses deux hôtes dont il avoit tiré tantde secours alloient l'abandonner ; il se renfermoit dans les lieux lesplus $ecrets de $a mai$on : il $oulageoit $on cœur, en pou$$antdes gémissemens, & en versant des larmes ; il oublioit le soin dese nourrir ; le sommeil n'adoucissoit plus ses cuisantes peines, il sedesséchoit, il se consumoit par ses inquiétudes : semblable à ungrand arbre qui couvre la terre de l'ombre de ses rameaux épais, &dont un ver commence à ronger la tige dans les canaux déliez laséve coule pour sa nourriture; cet arbre que les vents n'ont jamaisébran-