390 LES AVANTURESfougueux, & ſemblable à ceux que Caſtor domptoit pour les com-bats ; elle le conduit sans peine : une troupe de jeunes filles la suitavec ardeur ; elle paroît au milieu d'elles comme Diane dans lesforêts. Le Roi la voit, & il ne peut se lasser de la voir. En lavoyant il oublie tous ses malheurs passez. Telémaque la voit aussi,& il est encore plus touché de la modestie d'Antiope, que de sonadresse, & de toutes ses graces. Les chiens poursuivoient un san-glier d'une grandeur énorme, & furieux comme celui de Calydonses longues soyes étoient dures & hérissées comme des dards ; sesyeux étincelans étoient pleins de sang & de feu : son soufle se fai-soit entendre de loin, comme le bruit sourd des vents séditieux,quand Eole les rappelle dans son antre, pour appaiser les tempêtes :ses défenses longues & crochues comme la faux tranchante des mois-sonneurs, coupoient le tronc des arbres. Tous les chiens qui osoienten approcher etoient déchirez. Les plus hardis chasseurs en le poursuivant, craignoient de l'atteindre. Antiope légère à la course com-me les vents, ne craignit point de l'attaquer de près; elle lui lan-ce un trait qui le perce au-dessus de l'épaule; le sang de l'animalfarouche ruisselle, & le rend plus furieux : il se tourne vers cellequi l'a blessé. Aussitôt le cheval d'Antiope malgré sa fierté frémit& recule ; le sanglier monstrueux s'élance contre lui, semblableaux pesantes machines, qui ébranlent les murailles des plus fortesvilles. Le coursier chancelle, & est abattu. Antiope se voit parterre hors d'état d'éviter le coup fatal de la défense du sanglier ani-mé contre elle ; mais Télémaque attentif au danger d'Antiope, é-toit déja descendu de cheval plus prompt que les éclairs; il se jetteentre le cheval abattu, & le sanglier, qui revient pour venger sonsang : il tient dans ses mains un long dard, & l'enfonce presquetout entier dans le flanc de l'horrible animal qui tombe plein derage.A l'instant Télémaque en coupe la hure, qui fait encore peurquand on la voit de pres, & qui étonne tous les chasseurs; il laprésente à Antiope ; elle en rougit ; elle consulte des yeux son pére,qui après avoir eté saisi de frayeur, est transporté de joie de la voirhors
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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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