388 LES AVANTURESeût ni Magistrats ni Juges, & où chaque famille se crut en droitde se faire justice à elle-même par violence sur toutes ses prétentionscontre ses voisins, vous déploreriez le malheur d'une telle Nation,& vous auriez horreur de cet affreux désordre, où toutes les famil-les s'armeroient les unes contre les autres. Croyez-vous que lesDieux regardent avec moins d'horreur le monde entier, qui est laRépublique universelle, si chaque peuple qui n'y est que commeune grande famille, se croit en plein droit de se faire par violencejustice à soi-même sur toutes ses prétentions contre les autres peuples voisins ? Un particulier qui posséde un champ, comme l'hé-ritage de ses ancêtres, ne peut s'y maintenir que par l'autorité desLoix, & par le jugement du Magistrat. Il seroit très-sévérementpuni comme un séditieux, s'il vouloit conserver par la force ce quela justice lui a donné. Croyez-vous que les Rois puissent employerd'abord la violence pour soutenir leurs prétentions, sans avoir ten-té toutes les voyes de douceur & d'humanité ? La justice n'est-ellepas encore plus sacrée & plus inviolable pour les Rois par rapportà des pays entiers, que pour les familles par rapport à quelqueschamps labourez ? Sera-t-on injuste & ravisseur quand on ne prendque quelque arpent de terre ? Sera-t-on juste, sera-t-on Hérosquand on prend des Provinces? Si on se prévient, si on se flâte,si on s'aveugle dans les petits intérêts de particuliers, ne doit-onpas encore plus craindre de se flater & de s'aveugler sur les grandsintérêts d'Etat ? Se croira-t-on soi-même dans une matiére ou l'ona tant de raisons de se défier de soi ? Ne craindra-t-on point de setromper dans des cas où l'erreur d'un seul homme a des conséquen-ces affreuses ? L'erreur d'un Roi qui se flate sur ses prétentionscause souvent des ravages, des fainnes, des massacres, des per-tes, des dépravations de mœurs, dont les effets funestes s'étendentjusques dans les siécles les plus reculez. Un Roi qui assemble tou-jours tant de flateurs autour de lui, ne craindra-t-il point d'être fla-té en ces occasions ? S'il convient de quelque arbitre pour terminerle différend, il montre son équité, sa bonne foi, sa modération :il publie les solides raisons, sur lesquelles sa cause est fondée : L'ar-bitre
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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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