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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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372 LES AVANTURESil les nourrit plus facilement. Ces hommes accoutumez au travail,à la peine & au mépris de la vie par l'amour des bonnes Loix sonttous prêts à combattre pour défendre les terres cultivées de leurspropres mains. Bientôt cet Etat que vous croyez déchu, sera lamerveille de l'Hespérie.Souvenez-vous, ô Télémaque, qu'il y a deux choses pernicieu-ses dans le gouvernement des peuples, ausquelles on n'apporte pres-que jamais aucun reméde; la premiére est une autorite injuste &trop violente dans les Rois. La seconde est le luxe qui corrompt lesmœurs. Quand les Rois s'accoutument à ne connoître plus d'autresLoix que leurs volontez absolues, & qu'ils ne mettent plus de freinà leurs passions, ils peuvent tout; mais à force de tout pouvoir, ilssappent le fondement de leur puissance; ils n'ont plus de régle certaine, ni de maximes de gouvernement ; chacun à l'envi les flateils n'ont plus de peuples ; il ne leur reste que des esclaves dont lenombre diminuë chaque jour. Qui leur dira la vérité ? Qui donnera des bornes au torrent ? Tout céde, les sages s'enfuyent, se ca-chent, & gémissent. Il n'y a qu'une révolution soudaine & vio-lente qui puisse ramener cette puissance débordée dans son cours na-turel. Souvent même le coup qui pourroit la modérer, l'abat sansressource ; rien ne menace tant d'une chute funeste, qu'une autoritéqu'on pousse trop loin : elle est semblable à un arc trop tendu, quise rompt enfin tout-à-coup, si on ne le relâche : mais qui est-ce quiosera le relâcher ? Idoménée étoit gâté jusqu'au fond du cœur parcette autorité si flateuse ; il avoit été renversé de son trône ; mais iln'avoit pas été détrompé. Il a falu que les Dieux nous ayent envoyez ici pour le désabuser de cette puissance aveugle & outrée, quine convient pas à des hommes ; encore a-t-il falu des espéces de mi-racles pour lui ouvrir les yeux. L'autre mal presque incurable est leluxe ; comme la trop grande autorité empoisonne les Rois, le lu-re empoisonne toute une Nation. On dit que le luxe sert à nour-rir les pauvres aux dépens des riches ; comme si les pauvres nepouvoient pas gagner leur vie plus utilement en multipliant lesfruits de la terre, sans amolir les riches par des rafinemens de vo-lup..