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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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DE TELEMAQUE. LIV. XXII. 371ficence qui éclatoit par tout avant mon départ ? Je ne vois plus nior, ni argent, ni pierres précieuses; les habits sont simples; lesbâtimens qu'on y fait sont moins vastes & moins ornez ; les Artslanguissent, la ville est devenuë une solitude.Mentor lui répondit en souriant : Avez-vous remarqué l'état dela campagne autour de la ville ? Qui, reprit Télémaque ; j'ai vupar tout le labourage en honneur, & les champs défrichez. Lequel vaut mieux, ajouta Mentor, ou une ville $uperbe en mar-bre, en or & en argent, avec une campagne négligée & stérileou une campagne cultivée & fertile, avec une ville mediocre & mo-deste dans ses mœurs ? Une grande ville fort peuplée d'Artisans oc-cupez à amolir les mœurs par les délices de la vie, quand elle estentourée d'un Royaume pauvre & mal cultivé, ressemble à unmonstre dont la tête est d'une grosseur énorme, & dont tout lecorps exténué & privé de nourriture n'a aucune proportion aveccette tête : c'est le nombre du peuple, & l'abondance des alimensqui forme la vraie force & la vraie richesse d'un Royaume. ldomé-née a maintenant un peuple innombrable & infatigable dans le tra-vail, qui remplit toute l'étenduë de son pays; tout son pays n'estplus qu'une ville. Salente n'en est que le centre. Nous avons trans-porté de la ville dans la campagne, les hommes qui manquoient àla campagne, & qui étoient superflus dans la ville. De plus, nousavons attiré dans ce pays beaucoup de peuples étrangers. Plus cespeuples se multiplient; plus ils multiplient les fruits de la terre parleur travail ; cette multiplication si douce & si paisible augmenteplus son Royaume qu'une conquête. On n'a rejetté de cette villeque les Arts superflus, qui détournent les pauvres de la culture dela terre pour les vrais besoins, & qui corrompent les riches, en lesjettant dans le faste & dans la molesse : mais nous n'avons fait aucun tort aux beaux Arts, ni aux hommes qui ont un vrai géniepour les cultiver. Ainsi ldomenée est beaucoup plus puissant qu'ilne l'étoit quand vous admiriez sa magnificence. Cet éclat éblouïs-sant cachoit une foiblesse & une misére qui eussent bientôt renverséson Empire : maintenant il a un plus grand nombre d'hommes, &Aaa 2