356 LES AVANTURESlas ! elle t'a fait mourir avec gloire ; mais elle a dérobé au mondeune vertu naissante qui eût égalé celle de ton pére. Oui, ta sages-se & ton éloquence dans un age mûr auroit été semblable à celle dece Vieillard, l'admiration de toute la Gréce. Tu avois déja cettedouce insinuation, à laquelle on ne pouvoit résister quand tu par-lois : ces maniéres naïves de raconter, cette sage modération, quiest un charme pour appaiser les esprits irritez : cette autorité quivient de la prudence & de la force des bons conseils. Quand tuparlois, tous prêtoient l'oreille, tous étoient prévenus, tous àvoient envie de trouver que tu avois raison ; ta parole simple & sansfaste couloit dans les cœurs comme la rosée sur l'herbe naissante.Hélas! tant de biens que nous possédions il y a quelques heuresnous sont enlevez pour jamais ! Pisistrate, que j'embrassaihier, n'est plus ; il ne nous en reste qu'un douloureux souvenir.Au moins si tu avois fermé les yeux de Nestor, & non pas quenous eussions fermé les tiens, il ne verroit pas tout ce qu'il voit,& il ne seroit pas le plus malheureux de tous les péres.Après ces paroles Telémaque fit laver la playe sanglante qui étoitdans le côté de Pisistrate. Il le fit étendre sur un lit de pourpre,où la tête panchée avec la pâleur de la mort, il ressembloit à unjeune arbre, qui ayant couvert la terre de son ombre, & poussevers le Ciel ses rameaux fleuris, a été entamé par le tranchant dela coignée d'un bucheron. Il ne tient plus à sa racine ni à la terre,mère féconde qui nourrit ses tiges dans son sein : il languit, sa verdure s'efface ; il ne peut plus se soûtenir, il tombe ; ses rameauxqui cachoient le Ciel, traînent sur la poussiére, flêtris, & desséchez ; il n'est plus qu'un tronc abattu & dépouillé de toutes sesgraces. Ainsi Pisistrate en proye à la mort étoit déja emporté parceux qui devoient le mettre dans le bucher fatal. Déja la flamemontoit vers le Ciel. Une troupe de Pyliens, les yeux baissez &pleins de larmes, leurs armes renversées, le conduisoient lentement.Le corps est bientôt brûlé, les cendres sont mises dans une urned'or ; & Télémaque qui prend soin de tout, confie cette urnecomme un grand trésor à Callimaque, qui avoit été le gouverneur
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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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