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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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DE TELEMAQUE. Liv. XXI. 357de Pi$i$trate. Gardez, lui dit-il, ces cendres, tri$tes, mais pré-cieux restes de celui que vous avez aimé. Gardez les pour son pé-re ; mais attendez à les lui donner quand il aura assez de force pourles demander : ce qui irrite la douleur en un tems, l'adoucit enun autre.Ensuite Telémaque entra dans l'assemblée des Rois liguez,dès qu'on l'apperçut, chacun garda le silence pour l'écouter ; il enrougit, et on ne pouvoit le faire parler. Les louanges qu'on luidonna par des acclamations publiques sur tout ce qu'il venoit defaire, augmentèrent sa honte ; il auroit voulu se pouvoir cacherce fut la prémiere fois qu'il parut embarrassé & incertain. Enfin ildemanda comme une grace, qu'on ne lui donnat plus aucu-ne louange. Ce n'est pas, dit-il, que je ne les aime, sur toutquand elles sont données par de si bons juges de la vertu : maisc'est que je crains de les aimer trop ; elles corrompent les hommes,elles les remplissent d'eux-mêmes, elles les rendent vains & présomp-tueux ; il faut les mériter & les fuïr : les meilleures louanges res-semblent aux fausses. Les plus méchans de tous les hommes quisont les tyrans, sont ceux qui se font le plus louër par des fla-teurs. Quel plaisir y a-t-il à être loué comme eux ! Les bonneslouanges sont celles que vous me donnerez en mon absence, si jesuis assez heureux pour en mériter. Si vous me croyez véritablement bon, vous devez croire aussi que je veux être modeste &craindre la vanité. Epargnez-moi donc, si vous m'estimez, & neme louëz pas comme un homme amoureux de louanges.Après avoir parlé ain$i, Telémaque ne répondit plus rien à ceuxqui continuoient de l'élever jusqu'au Ciel, & par un air d'indiffé-rence il arrêta bientôt les louanges qu'on lui donnoit. On com-mença à craindre de le facher en le louant; mais l'admiration augmenta, tout le monde $achant la tendre$$e qu'il avoit témoignée àPisistrate, & le soin qu'il avoit pris de lui rendre les derniers devoirs. Toute l'armée fut plus touchée de ces marques de la bonté deson cœur, que de tous les prodiges de sagesse & de valeur qui ve-noient d'éclater en lui. Il est sage, il est vaillant, se disoient-ilsYy 3