DE TELEMAQUE. Liv. XXI. 355tiens de la bonne foi & de la justice, qui attirent l'amour & laconfiance.Les Chefs de l'armée s'assemblèrent dès le lendemain pour accor-der un Roi aux Dauniens. On prenoit plaisir à voir les deux campsconfondus par une amitié si inespérée, & les deux armées qui n'enfaisoient plus qu'une. Le sage Nestor ne put se trouver dans ce con-$eil, parce que la douleur jointe à la vieille$$e avoit flétri $on cœur,comme la pluye abat & fait languir le soir une fleur, qui étoit lematin pendant la naissance de l'Aurore, la gloire & l'ornement desvertes campagnes. Ses yeux étoient devenus deux fontaines de lar-mes qui ne pouvoient tarir. Loin d'eux s'enfuyoit le doux sommeil,qui charme les plus cuisantes peines ; l'espérance qui est la vie ducœur de l'homme, étoit éteinte en lui. Toute nourriture étoit a-mère à cet infortuné Vieillard, la lumiére même lui étoit odieuse ;son ame ne demandoit plus qu'à quitter son corps, & qu'à se plon-ger dans l'éternelle nuit de l'Empire de Pluton. Tous ses amis luiparloient en vain, son cœur en défaillance étoit dégoûté de touteamitié, comme un malade est dégoûté des meilleurs alimens. Atout ce qu'on pouvoit lui dire de plus touchant, il ne répondoitque par des gemissemens & des sanglots. De tems en tems on l'en-tendoit dire : O Pisistrate, Pisistrate, Pisistrate, mon fils, tum'appelles ! Je te suis, Pisistrate, tu me rendras la mort douce, ômon cher fils ! je ne désire plus pour tout bien que de te revoir surles rives du Styx. Puis il passoit des heures entiéres sans pronon-cer aucune parole, mais gemissant, levant les mains & les yeuxnoyez de larmes vers le Ciel.Cependant les Princes assemblez attendoient Télémaque qui étoitauprès du corps de Pisistrate. Il répandoit sur son corps des fleursà pleines mains ; il y ajoûtoit des parfums exquis & versoit des lar-mes améres. O mon cher compagnon lui disoit-il, je n'oublierai jamais de t'avoir vu à Pylos, de t'avoir suivi à Sparte, de t'a-voir retrouvé sur les bords de la grande Hesperie. Je te dois mil-le & mille soins ; je t'aimois, tu m'aimois aussi : j'ai connu tavaleur, elle auroit surpassé celle de plusieurs Grecs fameux. Hé-las!Yy 2
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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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355
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