350 LES AVANTURESautres combattans en silence mirent bas les armes pour les regarderattentivement, & on attendit de leur combat la destinée de toutela guerre. Les deux glaives brillans comme les éclairs d'où partentles foudres, se croisent plusieurs fois & portent des coups inutilessur les armes polies, qui en retentissent. Les deux combattans s'al-longent, se replient, s'abaissent, se relévent tout-à-coup, & enfinse saisissent. Le lierre en naissant au pied d'un ormeau ne serre pasplus étroitement le tronc dur & noueux par ses rameaux entrelassezjusques aux plus hautes branches de l'arbre, que ces deux combat-tans se serrent l'un l'autre. Adraste n'avoit encore rien perdu de saforce. Télémaque n'avoit pas encore toute la sienne. Adraste faitplusieurs efforts pour surprendre son ennemi & pour l'ébranler. Iltâche de saisir l'épée du jeune Grec, mais en vain. Dans le momentoù il la cherche, Telémaque l'enlève de terre & le renverse sur lesable. Alors cet impie qui avoit toujours méprisé les Dieux, mon-tra une lâche crainte de la mort; il a honte de demander la vie, &il ne peut s'empêcher de témoigner qu'il la désire : il tâche d'émouvoir la compassion de Telémaque. Fils d'Ulysse, lui dit-il, enfinc'est maintenant que je connois les justes Dieux; ils me punissentcomme je l'ai merité, il n'y a que le malheur qui ouvre les yeuxdes hommes pour voir la vérité : je la vois, elle me condamnemais qu'un Roi malheureux vous fasse souvenir de votre pére quie$t loin d'Ithaque, & qu'il touche votre cœur.Télémaque qui le tenant sous ses genoux avoit le glaive déja levépour lui percer la gorge, répondit aussitôt : Je n'ai voulu que lavictoire & la paix des Nations que je suis venu sécourir ; je n'aimepoint à répandre le sang. Vivez donc, Adraste; mais vivez pourréparer vos fautes : rendez tout ce que vous avez usurpé ; rétablis-sez le calme & la justice sur la côte de la grande Hesperie que vousavez souille par tant de massacres & de trahisons; vivez, & devenez un autre homme; apprenez par votre chute que les Dieux sontjustes ; que les méchans sont malheureux, qu'ils se trompent, encherchant la félicité dans la violence, dans l'inhumanité & dans lemensonge ; qu'enfin rien n'est si doux ni si heureux que la simple
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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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350
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