328 LES AVANTURESéloigné des hommes jusques à une extrême vieillesse, sans vouloirse mêler du gouvernement des Villes.Peu de tems après lui on vit paroître dans la Gréce le fameuxTriptoléme, à qui Cérès avoit enseigné l'Art de cultiver les terres& de les couvrir tous les ans d'une moisson dorée. Ce n'est pasque les hommes ne connussent déja le bled, & la maniére de lemultiplier en le semant : mais ils ignoroient la perfection du labour-rage, & Triptoléme envoyé par Cerès vint la charruë en main offrir les dons de la Déesse a tous les peuples qui auroient assez decourage pour vaincre leur paresse naturelle & pour s'adonner à untravail assidu. Bientôt Triptoléme apprit aux Grecs à fendre laterre, & à la fertiliser en déchirant son sein. Bientôt les moisson-neurs ardens & infatigables firent tomber sous leurs faucilles tranchantes tous les jaunes épics qui couvroient les campagnes. Les peu-ples mêmes sauvages & farouches qui couroient épars çà & là dansles forêts d'Epire & d'Etolie pour se nourrir de gland, adoucirentleurs mœurs, & se soumirent à des Loix, quand ils eurent apprisà faire croître des moissons, & à se nourrir du pain. Triptolémefit sentir aux Grecs le plaisir qu'il y a de ne devoir ses richesses qu'àson travail, & à trouver dans son champ tout ce qu'il faut pourrendre la vie commode & heureuse : cette abondance si simple &si innocente, qui est attachée à l'Agriculture, les fit souvenir dessages conseils d'Erichthon; ils méprisérent l'argent & toutes les riches-ses artificielles, qui ne sont richesses que par l'imagination des hom-mes, qui les tentent de chercher des plaisirs dangéreux, & qui lesdétournent du travail où ils trouveroient tous les biens réels avecdes mœurs pures dans une pleine liberté. On comprit donc qu'unchamp fertile & bien cultive est le vrai trésor d'une famille assez sa-ge pour vouloir vivre frugalement comme ses pères ont vécu. Heu-reux les Grecs, s'ils étoient demeurez fermes dans ces maximes sipropres à les rendre puissans, libres, heureux, & dignes de l'ê-tre par une solide vertu ! Mais hélas ! ils commencent à admirerles fausses richesses, ils négligent peu à peu les vrayes, et ils dégé-nérent de cette merveilleuse simplicité. O mon fils ! tu régneras
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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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