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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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DE TELEMAQUE. LIV. XIX. 319me d'un vêtement. Cette lumiére n'est point semblable à la lumie-re sombre qui éclaire les yeux des misérables mortels, & qui n'estque ténébres ; c'est plutôt une gloire céleste qu'une lumiére : ellepénétre plus subtilement les corps que les rayons du Soleil ne péné-trent le plus pur cristal ; elle n'éblouït jamais : au contraire, ellefortifie les yeux, & porte dans le fond de l'ame je ne sai quelle sérénité. C'est d'elle seule que les hommes bienheureux sont nourriselle sort d'eux, & elle y entre : elle les pénêtre, et s'incorpore àeux comme les alimens s'incorporent à nous: ils la voyent, ils lasentent, ils la respirent; elle fait naître en eux une source intarissa-ble de paix & de joie : ils sont plongez dans cet abîme de délicescomme les poissons dans la mer ; ils ne veulent plus rien : ils onttout sans rien avoir ; car le goût de lumiére pure appaise la faimde leur cœur. Tous leurs désirs sont rassasiez, & leur plénitudeles élève au-dessus de tout ce que les hommes vuides & affamezcherchent sur la terre ; toutes les délices qui les environnent ne leursont rien, parce que le comble de leur félicité, qui vient du de-dans, ne leur laisse aucun sentiment pour tout ce qu'ils voyent dedélicieux au-dehors : ils sont tels que les Dieux, qui rassasiez denectar & d'ambrosie, ne daigneroient pas se nourrir de viandes gros-sieres qu'on leur présenteroit à la table la plus exquise des hommesmortels. Tous les maux s'enfuyent loin de ces lieux tranquiles ; lamort, la maladie, la pauvreté, la douleur, les regrets, les re-mords, les craintes, les espérances mêmes qui coutent souventautant de peines que les craintes, les divisions, les dégouts, les dé-pits, n'y peuvent avoir aucune entrée.Les hautes montagnes de Thrace, qui de leurs front couvertsde neige & de glace depuis l'origine du monde, fendent les nuës,seroient renversées de leurs fondemens posez au centre de la terre,que les cœurs de ces hommes justes ne pourroient pas même êtreemus ; seulement ils ont pitié des miséres qui accablent les hommesvivans dans le monde ; mais c'est une pitié douce & paisible quin'altére en rien leur immuable félicité. Une jeunesse éternelle, unefélicité sans fin, une gloire toute divine est peinte sur leurs visages ;mais