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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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DE TELEMAQUE. Liv. XVIII. 313On les entend gémir dans ces profondes ténébres, ils nepeuvent voir que les insultes, & les dérisions qu'ils ont à souffririls n'ont rien autour d'eux qui ne les repousse, qui ne les contre-dise, qui ne les confonde. Au lieu que sur la terre ils se jouoientde la vie des hommes, & prétendoient que tout étoit fait pour lesservir, dans le Tartare ils sont livrez à tous les caprices de certainsesclaves qui leur font sentir à leur tour une cruelle servitude ; ilsservent avec douleur, & il ne leur reste aucune espérance de pou-voir jamais adoucir leur captivité; ils sont sous les coups de ces es-claves devenus leurs tyrans impitoyables, comme une enclume estsous les coups de marteaux des Cyclopes, quand Vulcain les pressede travailler dans les fournaises ardentes du Mont-Etna. Télémaque apperçut des visages pâles, hideux & contristez.C'est une tristesse noire qui ronge ces criminels ; ils ont horreurd'eux-mêmes, & ils ne peuvent non plus se délivrer de cette hor-reur, que de leur propre nature : ils n'ont point besoin d'autreschâtimens de leurs fautes que de leurs fautes mêmes; ils les voyentsans cesse dans toute leur énormité; elles se présentent à eux com-me des spectres horribles, elles les poursuivent. Pour s'en garan-tir ils cherchent une mort plus puissante que celle qui les a separezde leurs corps. Dans le désespoir ils sont, ils appellent a leursecours une mort qui puisse eteindre tout sentiment & toute con-noissance en eux ; ils demandent aux abîmes de les engloutir pourse dérober aux rayons vengeurs de la vérité qui les persécute ; maisils sont réservez à la vengeance qui distile sur eux goute à goute,& qui ne tarira jamais. La vérité qu'ils ont craint de voir, faitleur supplice ; ils la voyent, & n'ont des yeux que pour la voirs'élever contr'eux : sa vuë les perce, les déchire, les arrache à eux-mêmes ; elle est comme la foudre ; sans rien détruire au-dehors,elle pénétre jusqu'au fond des entrailles ; semblable à un métal dansune fournaise ardente, l'ame est comme fonduë par ce feu vengeur;il ne laisse aucune consistance, & il ne consume rien : il dissout jus-qu'aux prémiers principes de la vie, & on ne peut mourir. Onest arraché à soi-même : on n'y peut plus trouver ni appui ni re-posRr.