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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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312 LES AVANTURESvent jamais finir. Il dit en lui-même : O insensé ! je n'ai doncconnu ni les Dieux, ni les hommes, ni moi-même! Non, jen'ai rien connu, puisque je n'ai jamais aimé l'unique & véritablebien, tous mes pas ont été des égaremens; ma sagesse n'étoit quefolie ; ma vertu n'étoit qu'un orgueil impie & aveugle ; j'étoismoi-même mon idole.Enfin Télémaque apperçut les Rois qui étoient condamnez pouravoir abusé de leur puissance : d'un côte une Furie vengeresse leurprésentoit un miroir qui leur montroit toute la difformité de leursvices. ils regardoient, & ne pouvoient s'empêcher de voir leurvanité grossiére & avide des plus ridicules louanges ; leur duretépour les hommes, dont ils avoient du faire la félicité; leur insen-sibilité pour la vertu ; leur crainte d'entendre la vérité ; leur incli-nation pour les hommes lâches & flateurs : leur inaplication, leurmolesse, leur indolence, leur défiance déplacée, leur faste, &leur excessive magnificence fondée sur la ruine des peuples : leurambition pour acheter un peu de vaine gloire par le sang de leursCitoyens : Enfin leur cruauté qui cherche chaque jour de nouvel-les délices parmi les larmes, & le désespoir de tant de malheureux.Ils se voyent sans cesse dans ce miroir : ils se trouvent plus horri-bles & plus monstrueux, que n'est la Chimére vaincuë par Bellé-rophon ; ni l'Hydre de Lerne abattuë par Hercule ; ni Cerbére mê-me, quoiqu'il vomisse de ses trois gueules beantes un sang noir &venimeux qui est capable d'empester toute la race des mortels vi-vans sur la terre.En même tems, d'un autre côté, une autre Furie leur répétoitavec inſulte toutes les louanges que leurs flateurs leur avoient don-nées pendant leur vie, & leur présentoit un autre miroir, ilsse voyoient tels que la flaterie les avoit dépeints ; l'opposition deces deux peintures si contraires, étoit le supplice de leur vanité.On remarquoit que les plus méchans d'entre ces Rois étoient ceuxà qui on avoit donné les plus magnifiques louanges pendant leur vie,parce que les méchans sont plus craints que les bons, & qu'ils éxi-gent sans pudeur les lâches flateries des Poëtes & des Orateurs de leurOntems.