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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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314 LES AVANTURESpos pour un seul instant ; on ne vit plus que par la rage qu'on acontre soi-même, & par une perte de toute espérance qui rendforcene.Parmi ces objets qui faisoient dresser les cheveux de Télémaquesur sa tête, il vit plusieurs des anciens Rois de Lydie qui étoientpunis pour avoir préféré les délices d'une vie molle au travail pourle soulagement des peuples, qui doit être inséparable de la Royauté.Ces Rois se reprochoient les uns aux autres leur aveuglement.L'un disoit à l'autre qui avoit été son fils : Ne vous avois-je pasrecommandé souvent pendant ma vieillesse & avant ma mort, deréparer les maux que j'avois faits par ma négligence ? Ah! mal-heureux pére ! disoit le fils, c'est vous qui m'avez perdu ; c'est vo-tre éxemple qui m'a inspiré le faste, l'orgueil, la volupté, & ladureté pour les hommes. En vous voyant régner avec tant de mo-lesse, et avec tant de lâches flateurs autour de vous, je me suisaccoutumé à aimer la flaterie & les plaisirs. J'ai cru que le reste deshommes étoit à l'égard des Rois, ce que les chevaux & les autresbêtes de charge sont à l'égard des hommes; c'est-à-dire, des ani-maux dont on ne fait cas qu'autant qu'ils rendent de service & qu'ilsdonnent de commoditez. Je l'ai cru, c'est vous qui me l'avez faitcroire, & maintenant je souffre tant de maux pour vous avoir imi-. A ces reproches ils ajoutoient les plus affreuses malédictions,& paroi$$oient animez de rage pour s'entredéchirer.Autour de ces Rois voltigeoient encore comme des hiboux dansla nuit, les cruels soupçons, les vaines allarmes, les défances quivengent les peuples de la dureté de leurs Rois, la faim insatiabledes richesses, la fausse gloire toujours tyrannique, & la molesse lache qui redoûble tous les maux qu'on souffre sans pouvoir jamaisdonner de solides plaisirs.On voyait plu$ieurs de ces Rois $évérement punis, non pour lesmaux qu'ils avoient faits, mais pour avoir négligé le bien qu'ils auroient du faire. Tous les crimes des peuples qui viennent de la négli-gence avec laquelle on fait ob$erver les Loix, étoient imputez aux Rois,qui ne doivent régner qu'afin que les Loix régnent par leur ministé-re.