308 LES AVANTURESsilence de ces vastes lieux. Ses cheveux se dressent sur sa têtequand il aborde le noir séjour de l'impitoyable Pluton; il sentses genoux chancelans, la voix lui manque ; & c'est avec peinequ'il peut prononcer au Dieu ces paroles : Vous voyez, ô terribleDivinité, le fils du malheureux Ulysse ; je viens vous deman-der si mon pére est descendu dans votre Empire, ou s'il est enco-re errant ſur la terre.Pluton étoit sur un Trône d'ébéne, son visage étoit pâle & sé-vére, ses yeux creux & étincelans, son front ridé & menaçantLa vuë d'un homme vivant lui étoit odieuse, comme la lumiéreoffense les yeux des animaux qui ont accoutumé de ne sortir deleurs retraites que pendant la nuit. A son côté paroissoit Proserpine, qui attiroit seule ses regards, & qui sembloit un peu adoucirson cœur : elle jouïssoit d'une beauté toujours nouvelle, mais elleparoissoit avoir joint à ses graces divines je ne sai quoi de dur & decruel de son époux.Aux pieds du trône étoit la Mort pâle & dévorante avec sa fauxtranchante qu'elle aiguisoit sans cesse. Autour d'elle voloient lesnoirs Soucis, les cruelles Défances, les Vengeances toutes dégoutantes de sang, & couvertes de playes; les Haines injustes, l'Avaricequi se ronge elle-même; le Desespoir qui se déchire de ses propresmains ; l'Ambition forcenée qui renverse tout ; la Trahison qui veutse repaître de sang, & qui ne peut jouïr des maux qu'elle a faitsl'Envie qui verse son venin mortel autour d'elle, & qui se tourneen rage dans l'impuissance où elle est de nuire ; l'Impiété qui secreuse elle-même un abime sans fond où elle se précipite sans espé-rance ; les spectres hideux ; les fantômes qui représentent les mortspour épouvanter les vivans; les songes affreux : les insomnies aussicruelles que les tristes songes. Toutes ces images funestes environ-noient le fier Pluton, & remplissoient le Palais ou il habite. Il répon-dit à Télémaque d'une voix sourde, qui fit mugir le fond de l'Erébe.Jeune mortel, le destin t'a fait violer cet asyle sacré des ombres;suis ta haute destinée ; je ne te dirai point où est ton pére ; il suf-fit que tu sois libre de le chercher : puisqu'il a été Roi sur la terre
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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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308
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