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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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306 LES AVANTURESpuni : on inventoit chaque jour de nouveaux plaisirs pour me ren-dre la vie plus délicieuse; j'étois encore jeune & robuste. Hélas !que de pro$péritez ne me re$toit-il pas encore à goûter $ur le Trône ! Mais une femme que j'aimois, & qui ne m'aimoit pas, m'abien fait sentir que je n'etois pas Dieu ; elle m'a empoisonné, je nesuis plus rien ; on mit hier avec pompe mes cendres dans une urned'or : on pleura, on s'arracha les cheveux ; on fit semblant de vou-loir se jetter dans les flames de mon bucher pour mourir avec moion va encore gémir au pied du superbe tombeau l'on a mis mescendres; mais personne ne me regrette, ma mémoire est en horreur même dans ma famille, & ici-bas je souffre déja d'horriblestraitemens.Télémaque touché de ce spectacle, lui dit: Etiez-vous vérita-blement heureux pendant votre règne ? Sentiez-vous cette doucepaix, sans laquelle le cœur demeure toujours serré & flétri au mi-lieu des délices ? Non, répondit le Babylonien, je ne sai mêmece que vous voulez dire. Les sages vantent cette paix comme l'u-nique bien ; pour moi je ne l'ai jamais sentie ; mon cœur étoit sanscesse agité de désirs nouveaux, de crainte & d'espérance. Je tâ-chois de m'étourdir moi-même par l'ébranlement de mes passions ;j'avois soin d'entretenir cette yvresse pour la rendre continuelle; lemoindre intervale de raison tranquile m'eût été trop amer. Voilàla paix dont j'ai jouï ; toute autre me paroît une fable & un songe.Voilà les biens que je regrette.En parlant ain$i, le Babylonien pleuroit comme un homme lâ-che qui a été amoli par les prospéritez, & qui n'est point accou-tume à supporter constamment un malheur. Il avoit auprès de luiquelques esclaves qu'on avoit fait mourir pour honorer ses funérail-les. Mercure les avoit livrez à Caron avec leur Roi, & leur avoitdonné une puissance absoluë sur ce Roi qu'ils avoient servi sur laterre. Ces ombres d'esclaves ne craignoient plus l'ombre de Nabo-pharzan, elles la tenoient enchaînée, & lui faisoient les plus cruel-les indignitez. L'un lui disoit : N'étions-nous pas hommes aussi-bien que toi ? Comment étois-tu assez insensé pour te croire unDieu