DE TELEMAQUE. Liv. XVIII. 30l'Empire souterrain mugir. La terre trembloit sous ses pas; le Ciels'arma d'éclairs & de feux qui sembloient tomber sur la terre. Lejeune fils d'Ulysse sentit son cœur ému, & tout son corps étoitcouvert d'une sueur glacée : mais son courage le soutint, il leva lesyeux & les mains au Ciel. Grands Dieux ! s'écria t-il, j'accepteces présages que je crois heureux; achevez votre ouvrage. Il dit,& redoublant ses pas, il se présenta hardiment.Au$$itôt la fumée épai$$e, qui rendoit l'entrée de la caverne funeste à tous les animaux, dès qu'ils en approchoient, se dissipe ;l'odeur empoisonnée cessa pour un peu de tems. Telémaque en-tra seul ; car quel autre mortel eut osé le suivre ? Deux Crétoisqui l'avoient accompagné jusqu'à une certaine distance de la caver-ne, et ausquels il avoit confié son dessein, demeurérent tremblans& à demi morts assez loin de là, dans un Temple, faisans desvœux, & n'espérans plus de revoir Télémaque.Cependant le fils d'Ulysse l'épée à la main, s'enfonce dans cesténébres horribles. Bientot il apperçoit une foible & sombre lueur,telle qu'on la voit pendant la nuit sur la terre : il remarque lesombres légères qui voltigent autour de lui; il les écarte avec son é-pée ; ensuite il voit les tristes bords du fleuve marécageux, dontles eaux bourbeuses & dormantes ne font que tournoyer; il décou-vre sur ce rivage une foule innombrable de morts privez de la sépulture, qui se présentent en vain à l'impitoyable Caron. Ce Dieudont la vieillesse éternelle est toujours triste & chagrine, mais plei-ne de vigueur, les menace, les repousse, & admet d'abord danssa barque le jeune Grec. En entrant, Télémaque entend les gémi$$emens d'une ombre qui ne pouvoit $e con$oler.Quel est donc, lui dit-il, votre malheur ? qui étiez-vous sur laterre ? J'étois, lui répondit cette ombre, Nabopharzan Roi de lasuperbe Babylone : tous les peuples de l'Orient trembloient au seulbruit de mon nom ; je me faisois adorer par les Babyloniens dansun Temple de marbre, où j'étois représenté par une statue d'or,devant laquelle on brûloit nuit & jour les plus précieux parfums del'Ethiopie ; jamais personne n'osa me contredire sans être aussitôtpu-Qq
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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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305
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