DE TELEMAQUE. Liv. XVIII. 303ombre jusques dans les enfers. Thésée y est bien descendu; Thé-sée, cet impie, qui vouloit outrager les Divinitez infernales : &moi j'y vais conduit par la piété. Hercule y descendit. Je ne suispas Hercule : mais il est beau d'oser l'imiter. Orphée a bien tou-ché par le récit de ses malheurs le cœur de ce Dieu, qu'on dé-peint comme inéxorable : il obtint de lui qu'Euridice retourneroitparmi les vivans. Je suis plus digne de compassion qu'Orphée ;car ma perte est plus grande. Qui pourra comparer une jeune fil-le semblable à tant d'autres, avec le sage Ulysse admiré de toute laGréce ? Allons, mourons, s'il le faut. Pourquoi craindre la mort,quand on souffre tant dans la vie? O Pluton! ô Proserpine! j'é-prouverai bientôt si vous êtes aussi impitoyables qu'on le dit.mon pere ! après avoir parcouru en vain les terres & les mers pourvous trouver, je vais voir si vous n'êtes point dans les sombres de-meures des morts. Si les Dieux me refusent de vous posséder surla terre, et de jouïr de la lumiére du Soleil, peut-être ne me re-fuseront-ils pas de voir au moins votre ombre dans le Royaume dela nuit.En disant ces paroles, Télémaque arrosoit son lit de ses larmes :aussitôt il se levoir, & cherchoit par la lumiére à soulager la dou-leur cuisante que ces songes lui avoient causé ; mais c'étoit une flé-che qui avoit percé son cœur, & qu'il portoit par-tout avec lui.Dans cette peine il entreprit de descendre aux enfers par un lieu célé-bre qui n'étoit pas éloigné du camp ; on l'appelloit Acherontia, à cau-se qu'il y avoit en ce lieu une caverne affreuse de laquelle on des-cendoit sur les rives de l'Achéron, par lequel les Dieux mêmescraignent de jurer. La ville étoit sur un rocher, posée comme unnid sur le haut d'un arbre. Au pied de ce rocher on trouvoit la ca-verne, de laquelle les timides mortels n'osoient approcher. Les Ber-gers avoient soin d'en détourner leurs troupeaux ; la vapeur souf-frée du marais Stygien, qui s'exhaloit sans cesse par cette ouvertu-re, empestoit l'air. Tout autour il ne croissoit ni herbes ni fleurs;on n'y sentoit jamais les doux Zéphirs, ni les graces naissantes duPrintems, ni les riches dons de l'Automne. La Terre aride y lan-guis-
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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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303
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