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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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302 LES AVANTURESTélémaque ayant pris soin de mettre une éxacte discipline danstout le camp, ne songea plus qu'à éxécuter un dessein qu'il avoitconçu, & qu'il cacha à tous les Chefs de l'armée. Il y avoit déjàlong-tems qu'il étoit agité pendant toutes les nuits par des songesqui lui représentoient son pére Ulysse. Cette chére image re-venoit toujours sur la fin de la nuit avant que l'Aurore vint chasserdu Ciel par ses feux naissans les inconstantes étoiles, & de dessusla terre le doux sommeil suivi des songes voltigeans. Tantôt ilcroyoit voir Ulysse nud dans une Isle fortunée, sur la rive d'un fleu-ve, dans une prairie ornée de fleurs, et environné de Nymphesqui lui jettoient des habits pour se couvrir. Tantôt il croyoit l'en-tendre parler dans un Palais tout éclatant d'or & d'yvoire, deshommes couronnez de fleurs l'écoutoient avec plaisir & admirationSouvent Ulysse lui apparoissoit tout-à-coup dans des festins lajoie éclatoit parmi les délices, & l'on entendoit les tendres ac-cords d'une voix avec une lyre plus douce que la lyre d'Apollon,& que les voix de toutes les Mu$es.Télémaque en s'éveillant s'attristoit de ces songes si agréables.mon pére! ô mon cher pére Ulysse ! s'écrioit-il; les songes lesplus affreux me seroient plus doux. Ces images de félicité me fontcomprendre que vous êtes déja descendu dans le séjour des amesbienheureuses, que les Dieux récompensent de leurs vertus par uneéternelle tranquilité. Je crois voir les Champs Elisées. O qu'il estcruel de n'esperer plus ! Quoi donc, ô mon cher pére! je ne vousverrai jamais ; jamais je n'embrasserai celui qui m'aimoit tant, &que je cherche avec tant de peine : jamais je n'entendrai parlercette bouche d' sortoit la sagesse : jamais je ne baiserai ces mainsces chères mains ; ces mains victorieuses qui ont abattu tant d'en-nemis ! elles ne puniront point les insensez amans de Pénélope, &Ithaque ne se relevera jamais de sa ruine. O Dieux ennemis demon pere ! vous m'envoyez ces songes funestes pour arracher tou-te esperance de mon cœur, c'est m'arracher la vie. Non, je nepuis plus vivre dans cette incertitude. Que dis-je ! hélas ! je nesuis que trop certain que mon pére n'est plus; je vais chercher sonom