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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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DE TELEMAQUE. Liv. XV.terre, de ne me pas laisser seul dans les maux que tu vois. Je n'i-gnore pas combien je te serai à charge, mais il y auroit de la hon-te à m'abandonner : jette-moi à la prouë, à la poupe, dans lasentine même, par tout je t'incommoderai le moins. Il n'ya que les grands cœurs qui $achent combien il y a de gloire à êtrebon : ne me laisse point en un désert il n'y a aucun vestiged'homme ; méne-moi dans ta patrie ou dans l'Eubée, qui n'est pasloin du Mont Oeta, de Trachine, & des bords agréables du fleu-ve Sperchius : renvoye-moi à mon pére. Hélas ! que je crains qu'ilne soit mort ! je lui avois mandé de m'envoyer un vaisseau : ouil est mort ; ou bien ceux qui m'avoient promis de lui dire mamisére, ne l'ont pas fait. J'ai recours à toi, o mon fils! sou-viens-toi de la fragilité des choses humaines. Celui qui est dans laprospérité, doit craindre d'en abuser, & secourir les malheureux.Voilà ce que l'excès de la douleur me faisoit dire à Néoptolé-me ; il me promit de m'emmener. Alors je m'écriai encore :heureux jour ! ô aimable Néoptoléme, digne de la gloire de tonpére ! Chers Compagnons de ce voyage, souffrez que je dise adieuà cette triste demeure. Voyez j'ai vêcu ; comprenez ce que j'aisouffert ; nul autre n'eût pu le souffrir : mais la nécessité m'avoitinstruit, & elle apprend aux hommes ce qu'ils ne pourroient ja-mais savoir autrement. Ceux qui n'ont jamais souffert ne saventrien ; ils ne connoissent ni les biens ni les maux ; ils ignorent leshommes; ils s'ignorent eux-mêmes. Après avoir parlé ainsi, jepris mon arc & mes fléches.Néoptoléme me pria de souffrir qu'il baisât ces armes si célébres& consacrées par l'invincible Hercule. Je lui répondis : Tu peuxtout; c'est toi, mon fils, qui me rends aujourd'hui la lumiére,ma patrie, mon pére accablé de vieillesse, mes amis, moi-mê-me; tu peux toucher ces armes, & te vanter d'être seul d'entre lesGrecs qui ait mérité de les toucher. Aussitôt Néoptoléme entredans ma grote pour admirer mes armes.Cependant une douleur cruelle me saisit, elle me trouble, je nesai plus ce que je fais ; je demande un glaive tranchant pour couKk 2