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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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242 LES AVANTURESà toute sorte de bassesse. Philoclès se cachoit modestement de peurd'être vu par ce misérable : il craignoit d'augmenter sa misére en luimontrant la prospérité d'un ennemi qu'on alloit élever sur ses rui-nes. Mais Protésilas cherchoit avec empressement Philoclès, il vou-loit lui faire pitié, & l'engager à demander au Roi qu'il pût re-tourner à Salente. Philocles étoit trop sincére pour lui promettrede travailler à le faire rappeller, car il savoit mieux que personnecombien son retour eût ete pernicieux. Mais il lui parla fort dou-cement, lui temoigna de la compassion, tâcha de le consoler, l'ex-horta à appaiser les Dieux par des mœurs pures, & par une grandepatience dans ses maux. Comme il avoit appris que le Roi avoit ôté à Protésilas tous ses biens injustement acquis, il lui pro-mit deux choses qu'il éxécuta fidélement dans la suite. L'une fut deprendre soin de sa femme & de ses enfans qui étoient demeurez àSalente dans une affreuse pauvreté, exposez à l'indignation publi-que : l'autre étoit d'envoyer à Protésilas dans cette Isle éloignéequelque $ecours d'argent pour adoucir $a mi$ére.Cependant les voiles s'enflent d'un vent favorable. Hégésippeimpatient se hâte de faire partir Philoclès. Protésilas les voit embar-quer, ses yeux demeurent attachez & immobiles sur le rivage; ilssuivent le vaisseau qui fend les ondes, & que le vent éloigne tou-jours. Lors même qu'il ne peut plus le voir, il en repeint encocore l'image dans son esprit. Enfin troublé, furieux, livre à son desespoir, il s'arrache les cheveux, se roule sur le sable, reproche auxDieux leur rigueur, appelle en vain à son secours la cruelle Mort,qui sourde à ses priéres ne daigne le délivrer de tant de maux, &qu'il n'a pas le courage de se donner lui-même.Cependant le vaisseau favorisé de Neptune & des vents arriva-bientôt à Salente. On vint dire au Roi qu'il entroit déja dans leport. Aussi-tôt il courut au-devant de Philoclès avec Mentor; ill'embrassa tendrement, lui témoigna un sensible regret de l'avoirpersécuté avec tant d'injustice. Cet aveu, bien loin de paroître unefoiblesse dans un Roi, fut regardé par tous les Salentins commel'effort d'une grande ame qui s'élève au-dessus de ses propres fautes,