228 LES AVANTURESprendre. Il me prenoit par mon propre intérêt. Si vous mettez,disoit-il, les peuples dans l'abondance, ils ne travailleront plusils deviendront fiers, indociles, & seront toujours prêts à se révol-ter : il n'y a que la foiblesse & la misére qui les rende souples, &qui les empêche de résister à l'autorité. Souvent il tâchoit de re-prendre son ancienne autorité pour m'entraîner, & il la couvroitd'un prétexte de zéle pour mon service. En voulant soulager lespeuples, me disoit-il, vous rabaissez la puissance Royale ; & parlà vous faites au peuple même un tort irréparable; car il a besoinqu'on le tienne bas pour son propre repos.A tout cela je répondois que je ſaurois bien tenir les peuples dansleur devoir en me faisant aimer d'eux, en ne relâchant rien de monautorité, quoique je les soulageasse; en punissant avec fermeté tousles coupables. Enfin en donnant aux enfans une bonne éducation& à tout le peuple une exacte discipline pour le tenir dans une viesimple, sobre & laborieuse. Eh, quoi ! disois-je, ne peut-on passoumettre un peuple sans le faire mourir de faim ? Quelle inhuma-nite! quelle politique brutale ! Combien voyons-nous de peuplestraitez doucement, & très-soumis à leurs Souverains ! Ce qui cau-se les révoltes, c'est l'ambition & l'inquiétude des Grands d'unEtat, quand on ne sait pas les tenir dans le devoir, & qu'on a lais-sé leurs passions s'étendre sans bornes. C'est la licence dans les au-tres ordres de l'Etat, si on néglige de la réprimer. C'est la multi-tude des grands & des petits qui vivent dans la molesse, dans leluxe, & dans l'oisiveté; c'est la trop grande abondance d'hommesadonnez à la guerre, qui ont négligé toutes les occupations utilesdans le tems de paix. Enfin c'est le désespoir des peuples maltrai-tez; c'est la dureté, la hauteur des Rois, & leur molesse qui lesrend incapables de veiller sur tous les membres de l'Etat pour pré-venir les troubles. Voilà ce qui cause les révoltes, & non pas lepain qu'on laisse manger en paix au Laboureur, après qu'il l'a gagné à la sueur de son visageQuand Protésilas a vu que j'étois inébranlable dans ces maximes,il a pris un parti tout opposé a sa conduite passée; il a commencé
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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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