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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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DE TELEMAQUE. Liv. XIII.fond ces deux méchans hommes, vous les gardez encore aupres devous comme je le vois? Je ne suis pas surpris qu'ils vous ayent suivi, n'ayant rien de meilleur à faire pour leurs intérêts. Je com-prens même que vous aviez fait une action généreuse de leur don-ner un asyle dans votre nouvel établissement : mais pourquoi vouslivrer encore à eux après tant de cruelles expériencesVous ne savez pas, répondit ldoménée, combien toutes les ex-périences sont inutiles aux Princes amolis & inappliquez qui viventsans réflexion. Ils sont mécontens de tout, & ils n'ont pas le cou-rage de rien redresser. Tant d'années d'habitude étoient des chaî-nes de fer qui me lioient à ces deux hommes, & ils m'ob$édoientà toute heure. Depuis que je suis ici, ils m'ont jetté dans toutesles dépenses excessives que vous avez vuës. Ils ont épuisé cet Etatnaissant, ils m'ont attiré cette guerre qui m'alloit accabler sans vous.J'aurois bientôt éprouvé à Salente les mêmes malheurs que j'ai sen-tis en Crête : mais vous m'avez enfin ouvert les yeux, et vousm'avez inspiré le courage qui me manquoit pour me mettre horsde servitude. Je ne sai ce que vous avez fait en moi ; mais depuisque vous êtes ici je me ſens un autre homme.Mentor demanda ensuite à ldoménée quelle étoit la conduite deProtésilas dans ce changement des affaires. Rien n'est plus artifici-cieux, répondit Idomenée, que ce qu'il a fait depuis votre arri-vée. D'abord il n'oublia rien pour jetter indirectement quelque dé-fiance dans mon esprit. Il ne disoit rien contre vous; mais je vo-vois diverses gens qui venoient m'avertir que ces deux étrangers é-toient fort à craindre. L'un, disoient-ils, est le fils du trompeurUlysse ; l'autre est un homme caché & d'un esprit profond : ilssont accoutumez à errer de Royaume en Royaume; qui sait s'ilsn'ont point formé quelque dessein sur celui-ci ? Ces avanturiers ra-content eux-mêmes qu'ils ont causé de grands troubles dans tousles pays ils ont passé. Voici un Etat naissant & mal affermi;les moindres mouvemens pourroient le renverser.Protésilas ne disoit rien, mais il tâchoit de me faire entrevoir ledanger & l'excès de toutes ces réformes que vous me faisiez entreprenFf 2