Druckschrift 
Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
Seite
226
Einzelbild herunterladen
 

226 LES AVANTURESbles & inappliquez; c'étoit précisément le mien, lorsqu'il falut queje partiſſe pour le ſiége de TroyeEn partant je laissai Protésilas maître des affaires : il les condui-soit en mon absence avec hauteur & inhumanité. Tout le Royaume de Crête gémissoit sous sa tyrannie : mais personne n'osoit memander l'oppression des peuples. On savoit que je craignois devoir la vérite ; & que j'abandonnois à la cruauté de Protésilas tousceux qui entreprenoient de parler contre lui : mais moins on osoitéclater, plus le mal étoit violent. Dans la suite il me contraignitde chasser le vaillant Mérion, qui m'avoit suivi avec tant de gloi-re au siège de Troye. Il en étoit devenu jaloux, comme de tousceux que j'aimois, & qui montroient quelque vertu.Il faut que vous sachiez, mon cher Mentor, que tous mes mal-heurs sont venus de. Ce n'est pas tant la mort de mon fils quicausa la révolte des Crétois, que la vengeance des Dieux irritezcontre mes foiblesses, & la haine des peuples que Protésilas m'avoit attirée. Quand je répandis le sang de mon fils, les Crétoislassez d'un gouvernement rigoureux avoient épuisé toute leur patien-ce, & l'horreur de cette derniére action ne fit que montrer au-dehors ce qui étoit depuis long-tems dans le fond des cœurs.Timocrate me suivit au siège de Troye, & rendoit compte se-crétement par ses Lettres à Protésilas de tout ce qu'il pouvoit dé-couvrir. Je sentois bien que j'étois en captivité; mais je tâchois den'y penser pas, désespérant d'y remédier. Quand les Crétois à monarrivée se révoltèrent, Protésilas & Timocrate furent les prémiersà s'enfuir. Ils m'auroient sans doute abandonné si je n'eusse étécontraint de m'enfuir presque aussitôt qu'eux. Comptez, moncher Mentor, que les hommes insolens pendant la prospérité sonttoujours foibles & tremblans dans la distance. La tete leur tourneaussitôt que l'autorité absoluë leur échape. On les voit aussi rampans qu'ils ont été hautains, & c'est en un moment qu'ils passentd'une extrémité à l'autre.Mentor dit à ldoménée : Mais d' vient que connoissant àfond