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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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224 LES AVANTURESpondit Idoménée, est-ce que vous ignorez la foiblesse & l'embarrasdes Princes ? Quand ils sont une fois livrez à des hommes qui ontl'art de se rendre nécessaires, ils ne peuvent plus espérer aucune liber-. Ceux qu'ils méprisent le plus, sont ceux qu'ils traitent le mieux,& qu'ils combient de bienfaits : j'avois horreur de Protésilas, & jelui laissois toute l'autorité. Etrange illusion ! Je me savois bon gréde le connoître, & je n'avois pas la force de reprendre l'autoritéque je lui avois abandonnée. D'ailleurs je le trouvois commode,complaisant, industrieux pour flater mes passions, ardent pour mesintérêts. Enfin j'avois une raison pour m'excuser en moi-même dema foible$$e, c'e$t que je ne connoi$$ois pas de véritable vertu, fau-te d'avoir su choisir des gens de bien qui conduisissent mes affairesje croyois qu'il n'y en avoit pas sur la terre, & que la probité étoitun beau fantôme. Qu'importe, disois-je, de faire un grand éclat,pour sortir des mains d'un homme corrompu, & pour tomberdans celles de quelqu'autre qui ne sera ni plus désintéressé, ni plussincére que lui ? Cependant l'armée Navale commandée par Poli-méne revint. Je ne songeai plus à la conquête de l'Isle de Carpa-thie, & Protesilas ne put dissimuler si profondément, que je ne dé-couvrisse combien il étoit affligé de savoir que Philoclès étoit en su-reté dans Samos.Mentor interrompit encore Idoménée pour lui demander s'il a-voit continué, apres une si noire trahison, à confier toutes ses af-faires à Protésilas. J'étois, lui répondit Idoménée, trop ennemides affaires & trop inappliqué pour pouvoir me tirer de ses mains,il auroit falu renverser l'ordre que j'avois établi pour ma commodi-, & instruire un nouvel homme : c'est ce que je n'eus jamais laforce d'entreprendre. J'aimai mieux fermer les yeux pour ne pas voirles artifices de Protésilas. Je me consolois seulement en faisant entendre à certaines personnes de confiance, que je n'ignorois pas samauvaise foi. Ainsi je m'imaginois n'y être trompe qu'à demi,puisque je savois que j'étois trompé. Je faisois même de tems entems sentir à Protesilas que je supportois son joug avec impatience.Je prenois souvent plaisir à le contredire, à blâmer publiquementquel-