136 LES AVANTURESterre dans leur colére pour ravager les Royaumes, pour répandrepar tout l'effroi, la misére, le désespoir, & pour faire autant d'es-claves qu'il y a d'hommes libres. Un homme qui cherche la gloi-re ne la trouve-t-il pas assez, en conduisant avec sagesse ce que lesDieux ont mis dans ses mains ? Croit-il ne pouvoir mériter deslouanges qu'en devenant violent, injuste, hautain, usurpateur & tyrannique sur tous ses voisins ? Il ne faut jamais songer à la guerre, quepour défendre sa liberté. Heureux celui, qui n'étant point esclave d'au-trui, n'a point la folle ambition de faire d'autrui son esclave ! Cesgrands Conquérans qu'on nous dépeint avec tant de gloire, ressem-blent à ces fleuves débordez, qui paroissent majestueux, mais qui ra-vagent toutes les fertiles campagnes qu'ils devroient seulement arroser.Après qu'Adoam eut fait cette peinture de la Bétique, Télémaquecharmé lui fit diverses questions curieuses. Ces peuples, lui dit-il,boivent-ils du vin ? Ils n'ont garde d'en boire, reprit Adoam, carils n'ont jamais voulu en faire. Ce n'est pas qu'ils manquent derai$ins ; aucune terre n'en porte de plus délicieux : mais ils $e con-tentent de manger le raisin comme les autres fruits, & ils craignentle vin comme le corrupteur des hommes. C'est une espéce de poi-son, disent-ils, qui met en fureur. Il ne fait pas mourir l'homme,mais il le rend bete. Les hommes peuvent conserver leur santé &leurs forces sans vin. Avec le vin, ils courent risque de ruïner leurſanté & de perdre les bonnes mœurs.Télémaque disoit ensuite : Je voudrois bien savoir quelles Loixréglent les mariages dans cette Nation. Chaque homme, répon-dit Adoam, ne peut avoir qu'une femme ; & il faut qu'il la gardetant qu'elle vit. L'honneur des hommes en ce pays dépend autantde leur fidélité à l'égard de leurs femmes, que l'honneur des fem-mes dépend chez les autres peuples de leur fidélité pour leurs ma-ris. Jamais peuple ne fut si honnête, ni si jaloux de la puretéLes femmes y sont belles & agréables; mais simples, modestes &laborieuses. Les mariages y sont paisibles, féconds, sans tache; lemari & la femme semblent n'être plus qu'une seule personne en deuxcorps différens ; le mari & la femme partagent ensemble tous lessoins
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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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