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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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124 LES AVANTURESVoici comment elle y parvint. Dans le moment ils alloientcommencer leur repas, cette vieille dont j'ai parlé, fit tout d'uncoup du bruit à une porte. Le Roi qui croyoit toujours qu'on al-loit le tuer, se trouble, & court à cette porte pour voir si elle é-toit assez bien fermée. La vieille se retire; le Roi demeure inter-dit, et ne $achant ce qu'il doit croire de ce qu'il a entendu, il n'o-se pourtant ouvrir la porte pour s'éclaircir. Astarbé le rassure, leflate & le presse de manger ; elle avoit déja jetté du poison dans sacoupe d'or pendant qu'il étoit allé à la porte. Pygmalion, selonsa coutume, la fit boire la prémiére; elle but sans crainte, se fiantau contrepoison. Pygmalion but aussi, & peu de tems après iltomba dans une défaillance. Astarbé qui le connoissoit capable dela tuer sur le moindre soupçon, commença à déchirer ses habitsà arracher ses cheveux, & a pousser des cris lamentables; elle em-brassoit le Roi mourant, elle le tenoit serré entre ses bras; elle l'ar-rosoit d'un torrent de larmes : car les larmes ne coûtoient rien àcette femme artificieuse. Enfin quand elle vit que les forces du Roiétoient épuisées, & qu'il étoit comme agonisant ; dans la craintequ'il ne revînt, & qu'il ne voulut la faire mourir avec lui, ellepassa des caresses & des plus tendres marques d'amitié à la plus hor-rible fureur ; elle se jetta sur lui, & l'étoufa. Ensuite elle arrachade son doigt l'Anneau Royal, lui ôta le Diadême, & fit entrerJoazar à qui elle donna l'un & l'autre. Elle crut que tous ceux quiavoient été attachez à elle, ne manqueroient pas de suivre sa pas-sion, & que son amant seroit proclame Roi. Mais ceux qui avoient été les plus empressez à lui plaire, étoient des esprits bas &mercenaires qui étoient incapables d'une $incére affection. D'ail-leurs ils manquoient de courage, & craignoient les ennemis qu'As-tarbe s'étoit attirez. Enfin ils craignoient encore plus la hauteur,la dissimulation & la cruauté de cette femme impie. Chacun pourſa propre ſureté deſiroit qu'elle pérît.Cependant tout le Palais est plein d'un tumulte affreux ; on en-tend par tout les cris de ceux qui disent : Le Roi est mort. Lesuns sont effrayez, les autres courent aux armes. Tous paroissent