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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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DE TELEMAQUE. Liv. VIII. 123Mais pendant que Pygmalion étoit en proie à la défiance, à l'a-mour & à l'avarice, Astarbé se hâta de lui ôter la vie. Elle crutqu'il avoit peut-être découvert quelque chose de ses infames amoursavec ce jeune homme. D'ailleurs elle savoit que l'avarice seule suffi-roit pour porter le Roi à une action cruelle contre Joazar ; elleconclut qu'il n'y avoit pas un moment à perdre pour le prévenir.Elle voyoit les principaux Officiers du Palais prêts à tremper leursmains dans le $ang du Roi ; elle entendoit parler tous les jours dequelque nouvelle conjuration : mais elle craignoit de se confier àquelqu'un, par qui elle seroit trahie. Enfin il lui parut plus assu- d'empoisonner Pygmalion.Il mangeoit le plus souvent tout seul avec elle, & apprêtoit lui-même tout ce qu'il devoit manger, ne pouvant se fier qu'à sespropres mains. Il se renfermoit dans le lieu le plus reculé de sonPalais, pour mieux cacher sa défiance, & pour n'être jamais ob-servé, quand il préparoit ses repas ; il n'osoit plus chercher aucundes plai$irs de la table. Il ne pouvoit $e$oudre à manger d'aucu-ne des choses qu'il ne savoit pas apprêter lui-même. Ainsi non seulement toutes les viandes cuites avec des ragoûts par des cuisiniersmais encore le vin, le pain, le sel, l'huile, le lait & tous les au-tres alimens ordinaires ne pouvoient être de son usage : il ne mangeoit que des fruits qu'il avoit cueillis lui-même dans son jardin,ou des légumes qu'il avoit semées & qu'il faisoit cuire. Au resteil ne buvoit jamais d'autre eau que de celle qu'il puisoit lui-mêmedans une fontaine, qui étoit renfermée dans un endroit de son Pa-lais, & dont il gardoit toujours la clef. Quoiqu'il parût si rempli deconfiance pour Astarbé, il ne laissoit pas de se précautionner con-tre elle ; il la faisoit toujours manger & boire avant lui de tout cequi devoit servir à son repas, afin qu'il ne put point être empoisonnésans elle, & qu'elle n'eût aucune espérance de vivre plus long-temsque lui. Mais elle prit du contrepoison qu'une vieille femme enco-re plus méchante qu'elle, & qui étoit la confidente de ses amours,lui avoit fourni : après quoi elle ne craignit plus d'empoisonner leRoi.Voi-Q2