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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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122 LES AVANTURESse résoudre à lui faire aucun mal. Les méchans croyoient ne pou-voir assurer leurs vies qu'en finissant la sienne. Il n'y avoit pointde Tyrien qui ne fût chaque jour en danger d'être l'objet de ses dé-fiances. Ses gardes mêmes étoient plus exposez que les autres.Comme sa vie étoit entre leurs mains, il les craignoit plus quetout le reste des hommes, & sur le moindre soupçon il les sacri-fioit à sa sureté. Ainsi à force de chercher sa sureté, il ne pou-voit plus la trouver. Ceux qui étoient les dépositaires de sa vie é-toient dans un péril continuel par sa défiance, & ils ne pouvoientse tirer d'un état si horrible, qu'en prévenant par la mort du Ty-ran ses cruels soupçons.L'impie Astarbé, dont vous avez ouï parler si souvent, fut lapremiére à résoudre la perte du Roi. Elle aima passionnément unjeune Tyrien fort riche nommé Joazar; elle espéra de le mettre surle trône. Pour réussir dans ce dessein, elle persuada au Roi quel'aîné de ses deux fils, nommé Phadaël, impatient de succéder àson pere, avoit conspiré contre lui : elle trouva des faux témoinspour prouver la conspiration. Le malheureux Roi fit mourir sonfils innocent. Le second nommé Baléazar fut envoyé à Samos,sous prétexte d'apprendre les mœurs & les Sciences de la Gréce ;mais en effet parce qu'Astarbé fit entendre au Roi qu'il faloit l'é-loigner, de peur qu'il ne prît des liaisons avec les mécontens. Apeine fut-il parti, que ceux qui conduisoient le vaisseau, ayant étécorrompus par cette femme cruelle, prirent leurs mesures pour fai-re naufrage pendant la nuit ; ils se sauvérent en nageant jusques àdes barques étrangéres qui les attendoient, et ils jettèrent le jeunePrince au fond de la mer.Cependant les amours d'Astarbe n'étoient ignorez que de Pygma-lion, & il s'imaginoit qu'elle n'aimeroit jamais que lui seul. CePrince si défiant étoit ainsi plein d'une aveugle confiance pour cetteméchante femme; c'étoit l'amour qui l'aveugloit jusqu'à cet ex-ces. En même tems l'avarice lui fit chercher des prétextes pour fai-re mourir Joazar, dont Astarbe étoit si passionnee; il ne songeoitqu'à ravir les richesses de ce jeune homme.Mais