DE TELEMAQUE. Liv. VIII. 121de si vous vous souvenez de m'avoir vu autrefois, comme il mesemble que je me souviens de vous avoir vu ; votre visage ne m'estpoint inconnu, il m'a d'abord frappé ; mais je ne sai ou je vous aivu : votre mémoire peut-être aidera à la mienne.Télémaque lui répondit avec un étonnement mêlé de joie : Jesuis en vous voyant, comme vous êtes à mon égard; je vous aivu, je vous reconnois : mais je ne puis me rappeller si c'est en E-gypte ou à Tyr. Alors ce Phénicien, tel qu'un homme qui s'é-veille le matin, & qui rappelle peu à peu de loin le songe fugitisqui a disparu à son réveil, s'écria tout a coup : Vous êtes Télémaque, que Narbal prit en amitié lorsque nous revînmes d'Egypte.Je suis son frére, dont il vous aura sans doute parlé souvent ; jevous laissai entre ses mains après l'expédition d'Egypte. Il me falutaller au-delà de toutes les mers dans la fameuse Betique auprès descolomnes d'Hercule. Ainsi je ne fis que vous voir; et il ne fautpas s'étonner si j'ai eu tant de peine à vous reconnoître d'abord.Je vois bien, répondit Télémaque, que vous êtes Adoam. Jene fis presque alors que vous entrevoir ; mais je vous ai connu parles entretiens de Narbal. O quelle joie de pouvoir apprendre parvous des nouvelles d'un homme, qui me sera toujours si cher! Estil toujours à Tyr ? Ne souffre-t-il point quelque cruel traitementdu soupçonneux & barbare Pygmalion ? Adoam répondit en l'inter-rompant : Sachez, Télémaque, que la fortune vous confie à unhomme qui prendra toutes sortes de soins de vous. Je vous ramenerai dans l'Isle d'Ithaque avant que d'aller en Epire; et le frére deNarbal n'aura pas moins d'amitié pour vous, que Narbal même.Ayant parlé ainsi, il remarqua que le vent qu'il attendoit com-mençoit à soufler, il fit lever les ancres, mettre les voiles, & fen-dre la mer à force de rames : aussitôt il prit à part Telémaque &Mentor, pour les entretenir.Je vais, dit-il regardant Télémaque, satisfaire votre curiosité.Pygmalion n'est plus; les justes Dieux en ont délivré la terre. Comme il ne se fioit a personne, personne ne pouvoit se fier à lui; lesbons se contentoient de gemir & de fuir ses cruautez, sans pouvoir
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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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121
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