Druckschrift 
Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
Seite
120
Einzelbild herunterladen
 

120 LES AVANTUREStouche, recevez-nous dans votre vaisseau : nous irons par toutvous irez. Celui qui commandoit, répondit : Nous vous rece-vrons avec joie ; nous n'ignorons pas ce qu'on doit faire pour desinconnus qui paroissent si malheureux. Aussitôt on les reçoit dansle vaisseau.A peine y furent-ils entrez, que ne pouvant plus respirer, ilsdemeurérent immobiles ; car ils avoient nagé long-tems & avec ef-fort pour résister aux vagues. Peu à peu ils repirent leurs forces;on leur donna d'autres habits, parce que les leurs étoient appesan-tis par l'eau qui les avoit pénétrez, & qui couloit de toutes parts.Lors qu'ils furent en état de parler, tous ces Phéniciens empressezautour d'eux, vouloient savoir leurs avantures. Celui qui com-mandoit leur dit : Comment avez-vous pu entrer dans cette Isle,d' vous sortez? Elle est, dit-on, possédée par une Déesse cruel-le, qui ne souffre jamais qu'on y aborde. Elle est même bordéede rochers affreux, contre lesquels la mer va follement combattre,& on ne pourroit en approcher sans faire naufrage.Mentor répondit : Nous y avons été jettez ; nous sommesGrecs ; notre patrie est l'Isle d'Ithaque voisine de l'Epire vousallez. Quand même vous ne voudriez pas relâcher en Ithaque,qui est sur votre route, il nous suffiroit que vous nous menassiezdans l'Epire ; nous y trouverons des amis qui auront soin de nousfaire faire le court trajet qui nous restera, & nous vous devrons àjamais la joie de revoir ce que nous avons de plus cher au monde.Ainsi c'étoit Mentor qui portoit la parole, & Télémaque gar-dant le silence, le laissoit parler ; car les fautes qu'il avoit faitesdans l'Isle de Calypso, augmentérent beaucoup sa sagesse. Il sefioit de lui-même ; il sentoit le besoin de suivre toujours les sagesconseils de Mentor ; & quand il ne pouvoit lui parler pour lui de-mander ses avis, du moins il consultoit ses yeux, & tachoit de de-viner toutes ses pensées.Le Commandant Phénicien arrêtant ses yeux sur Télémaque,croyoit se souvenir de l'avoir vu ; mais c'étoit un souvenir confusqu'il ne pouvoit démêler. Souffrez, lui dit-il, que je vous deman-