Druckschrift 
Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
Seite
91
Einzelbild herunterladen
 

DE TELEMAQUE. Liv. VI. 91ger de les conduire ; d'ailleurs vous êtes trop détaché des richesses& de l'éclat de la Royauté, pour vouloir acheter cet éclat par lespeines attachées au gouvernement des peuples. Hazaël répondit :Ne croyez pas, ô Crétois, que je méprise les hommes. Non,non, je sais combien il est grand de travailler à les rendre bons &heureux : mais ce travail est rempli de peines & de dangers. L'é-clat, qui y est attaché est faux & ne peut éblouïr que des amesvaines. La vie est courte; les grandeurs irritent plus les passionsqu'elles ne peuvent les contenter : c'est pour apprendre à me passer de ces faux biens, & non pas pour y parvenir, que je suisvenu de si loin. Adieu. Je ne songe qu'à retourner dans unevie paisible & retirée, la sagesse nourrisse mon cœur, & les espérances qu'on tire de la vertu pour une autre meilleure vie après la mort, me consolent dans les chagrins de la vieillesse. Si j'avois quelque chose à souhaiter, ce ne seroit pas d'êtreRoi, ce seroit de ne me separer jamais de ces deux hommes quevous voyez.Enfin les Crétois s'écriérent parlant à Mentor : Dites-nous, ôle plus sage & le plus grand de tous les Mortels, dites-nous doncqui est-ce que nous pouvons choisir pour notre Roi ? Nous nevous laisserons point aller, que vous ne nous ayez appris le choixque nous devons faire. Il leur répondit : Pendant que j'étois dansla foule des spectateurs, j'ai remarqué un homme qui ne témoi-gnoit aucun empre$$ement. C'e$t un Vieillard a$$ez vigoureux ; j'aidemandé quel homme c'étoit ; on m'a répondu qu'il s'apelloit A-ristodéme. Ensuite j'ai entendu qu'on lui disoit que ses deux enfansétoient au nombre de ceux qui combattoient, il a paru n'en avoiraucune joie ; il a dit que pour l'un il ne lui souhaitoit point les pécilsde la Royauté, & qu'il aimoit trop sa patrie, pour consentir quel'autre régnât jamais. Par j'ai compris que ce pére aimoit d'unamour raisonnable l'un de ses enfans qui a de la vertu, & qu'il neflatoit point l'autre dans ses déréglemens. Ma curiosité augmentant,j'ai demandé quelle a été la vie de ce Vieillard. Un de vos Citoyensm'a répondu : Il a long-tems porté les armes, & il est couvert deM 2bles-