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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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92 LES AVANTURESblessures : mais sa vertu sincére & ennemie de la flaterie, l'avoirrendu incommode à ldoménée; c'est ce qui empêcha ce Roi des'en servir dans le siège de Troye. Il craignoit un homme qui luidonneroit de sages conseils qu'il ne pourroit se résoudre à suivre : ilfut même jaloux de la gloire que cet homme ne manqueroit pasd'acquérir bientôt ; il oublia tous ses services ; il le laissa ici pau-vre, méprisé des hommes grossiers & lâches qui n'estiment que lesrichesses : mais content dans sa pauvreté, il vit gayement dans unendroit écarté de l'Isle, il cultive son champ de ses propresmains. Un de ses fils travaille avec lui : ils s'aiment tendrement ;ils sont heureux par leur frugalité ; & par leur travail ils se sont misdans l'abondance des choses nécessaires à une vie simple. Le sagevieillard donne aux pauvres malades de son voisinage tout ce qui luireste au delà de ses besoins & de ceux de son fils. Il fait travaillertous les jeunes gens; il les exhorte; il les instruit: il juge tous lesdifférends de son voisinage : il est le pére de toutes les familles. Lemalheur de la sienne est d'avoir un second fils, qui n'a voulu suivreaucun de ses conseils. Le pere, apres l'avoir long-tems souffert pourtâcher de le corriger de ses vices, l'a enfin chasse. Il s'est abandon- à une folle ambition & à tous les plaisirs.Voilà, ô Crétois, ce qu'on m'a raconté. Vous devez savoir sice récit est véritable. Mais si cet homme est tel qu'on le dépeintpourquoi faire des jeux ? Pourquoi assembler tant d'inconnus ?Vous avez au milieu de vous un homme qui vous connoît & quevous connoissez, qui fait la guerre, qui a montré son courage,non-seulement contre les flèches & contre les dards, mais contrel'affreuse pauvreté, qui a méprisé les richesses acquises par la flateriequi aime le travail, qui fait combien l'Agriculture est utile à unpeuple, qui déteste le faste, qui ne se laisse point amolir par unamour aveugle de ses enfans, qui aime la vertu de l'un, & quicondamne le vice de l'autre : en un mot un homme qui est déja lepére du peuple. Voilà votre Roi, s'il est vrai que vous désiriezde faire régner chez vous les Loix du sage Minos.Tout le peuple s'écria : Il est vrai, Aristodéme est tel que vous