DE TELEMAQUE. Liv. V. 75se. La sagesse toute seule agissoit en eux, & le fruit de leur longuevertu étoit d'avoir si bien dompté leurs humeurs, qu'ils goûtoient sanspeine le doux & noble plaisir d'écouter la raison. En les admirant,je souhaitai que ma vie pût s'accourcir pour arriver tout-à-coup àune si estimable vieillesse. Je trouvois la jeunesse malheureuse d'êtresi impétueuse & si éloignée de cette vertu si éclairée & si tranquilleLe premier d'entre ces vieillards ouvrit le livre des Loix de Mi-nos. C'étoit un grand livre qu'on tenoit d'ordinaire renfermé dansune casséte d'or avec des parfums. Tous ces vieillards le baisérentavec respect ; car ils disent qu'après les Dieux, de qui les bonnes Loixviennent, rien ne doit être si sacré aux hommes que les Loix desti-nées à les rendre bons, sages & heureux. Ceux qui ont dans leursmains les Loix pour gouverner les peuples, doivent toujours se lais-ser gouverner eux-memes par les Loix. C'est la Loi & non pasl'homme qui doit régner. Tel étoit le discours de ces Sages. Ensuite celui qui présidoit, proposa trois questions, qui devoient ê-tre décidées par les maximes de Minos.La prémiere question étoit de savoir quel est le plus libre de tousles hommes. Les uns répondirent que c'étoit un Roi qui avoit sur$on peuple un empire ab$olu, & qui étoit victorieux de tous $esennemis. D'autres soutinrent que c'étoit un homme si riche, qu'ilpouvoit contenter tous ses désirs. D'autres dirent que c'étoit unhomme qui ne se marioit point, & qui voyageoit pendant toute savie en divers pays sans être jamais aslujetti aux Loix d'aucune na-tion. D'autres s'imaginérent que c'étoit un Barbare, qui vivant desa cha$$e au milieu des bois, étoit indépendant de toute police &de tout besoin. D'autres crurent que c'étoit un homme nouvelle-ment affranchi, parce qu'en sortant des rigueurs de la servitude, iljouïssoit plus qu'aucun autre des douceurs de la liberté. D'autresenfin s'avisérent de dire que c'étoit un homme mourant, parce quela mort le délivroit de tout, & que tous les hommes ensemble n'a-voient plus aucun pouvoir ſur luiQuand mon rang fut venu, je n'eus pas de peine à répondre,parce que je n'avois pas oublié ce que Mentor m'avoit dit souvent.
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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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79
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