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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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78 LES AVANTURESs'abatit, & ôta par sa chute à son maître l'espérance de régnerPolycléte se panchant trop sur ses chevaux, ne put se tenir fermedans une secousse; il tomba, les rênes lui échapérent, & il fut tropheureux de pouvoir éviter la mort. Crantor, voyant avec des yeuxpleins d'indignation que j'étois tout auprès de lui, redoubla son ardeur.tantôt il invoquoit les Dieux, & leur promettoit de riches offrandes; tantôt il parloit à ses chevaux pour les animer : il craignoit queje ne passasse entre la borne & lui ; car mes chevaux mieux ménagez que les $iens, étoient en état de le devancer; il ne lui re$toitplus d'autre ressource, que celle de me fermer le passage. Pour yréussir, il hasarda de se briser contre la borne, il y brisa effectivement sa rouë. Je ne songeai qu'à faire promptement le tour pourn'être pas engagé dans son désordre, & il me vit un moment aprèsau bout de la carriére. Le peuple s'écria encore une fois : Victoireau fils d'Ulysse ; c'est lui que les Dieux destinent à régner sur nous.Cependant les plus illustres & les plus sages d'entre les Crétoisnous conduisirent dans un bois antique & sacré, reculé de la vuëdes hommes profanes, les vieillards, que Minos avoit établis Ju-ges du peuple & gardes des Loix, nous assemblérent. Nous étionsles mêmes qui avions combattu dans les jeux ; nul autre n'y fut ad-mis. Les Sages ouvrirent les livres toutes les Loix de Minos sontrecueillies. Je me sentis saisi de respect & de honte, quand j'ap-prochai de ces vieillards, que l'âge rendoit vénérables, sans leur ô-ter la vigueur de l'esprit; ils étoient assis avec ordre, & immobi-les dans leurs places : leurs cheveux étoient blancs ; plusieurs n'enavoient presque plus. On voyoit reluire sur leurs visages graves unesagesse douce & tranquille : ils ne se pressoient point de parlerils ne disoient que ce qu'ils avoient résolu de dire. Quand ils é-toient d'avis differens, ils étoient si modérez à soutenir ce qu'ilspensoient de part & d'autre, qu'on auroit cru qu'ils étoient tousd'une même opinion. La longue expérience des choses passées, &l'habitude du travail, leur donnoit de grandes vues sur toutes cho-ses : mais ce qui perfectionnoit le plus leurs raisons, étoit le calmede leurs esprits délivrez des folles passions & des caprices de la jeunes