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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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DE TELEMAQUE. Liv. IV. 61Je me sentois affoiblir tous les jours ; la bonne éducation que j'a-vois reçuë ne me soutenoit presque plus; toutes mes bonnes ré-solutions s'évanouïssoient : je ne me sentois plus la force de résis-ter au mal qui me pressoit de tous cotez ; j'avois même une mau-vaise honte de la vertu : j'étois comme un homme qui nage dansune riviére profonde & rapide; d'abord il fend les eaux & remon-te contre le torrent : mais si les bords sont escarpez, et s'il ne peutse reposer sur le rivage, il se lasse enfin peu à peu, & sa force l'a-bandonne, ses membres épuisez s'engourdissent, & le cours du fleu-ve l'entraîne; ainsi mes yeux commençoient à s'obscurcir, moncœur tomboit en défaillance, je ne pouvois plus rappeller, ni maraison, ni le souvenir des vertus de mon pére. Le songe jecroyois avoir vu le sage Mentor descendu aux Champs Elisées, a-chevoit de me décourager : une secrète & douce langueur s'empa-roit de moi. J'aimois déja le poison flateur, qui se glissoit de veineen veine, & qui pénétroit jusqu'à la moëlle de mes os. Je pous-sois néanmoins encore de profonds soupirs; je versois des larmes a-mères ; je rugissois comme un lion dans ma fureur. O malheu-reuse jeunesse, disois-je ! O Dieux qui vous jouëz cruellement deshommes, pourquoi les faites-vous passer par cet âge qui est un temsde folie ou de fiévre ardente ? O! que ne suis-je couvert de che-veux blancs, courbé & proche du tombeau, comme Laërte monaveul ! La mort me seroit plus douce que la foiblesse honteuseje me vois.A peine avois-je ain$i parlé, que ma douleur s'adouci$$oit, &que mon cœur enivré d'une folle passion secouoit presque toute pu-deur, puis je me voyois plongé dans un abîme de remords. Pen-dant ce trouble je courois errant çà & dans le sacré bocage, sem-blable à une biche qu'un chasseur a blessée : elle court au traversdes vastes forêts pour soulager sa douleur ; mais la flèche qui l'apercée dans le flanc la suit par tout : elle porte par tout avec ellele trait meurtrier. Ainsi je courois en vain pour m'oublier moi-même, & rien n'adoucissoit la playe de mon cœur.En ce moment j'apperçus assez loin de moi dans l'ombre épaisseH 3