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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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48 LES AVANTURESOfficier, il courut vers moi pour m'avertir du danger j'étois. Jene l'avois que trop prévu, me dit-il, mon cher Télémaque ; noussommes perdus. Le Roi que sa défiance tourmente jour & nuit,soupçonne que vous n'êtes pas de l'Isle de Cypre ; il ordonne qu'onvous arrête, il me veut faire périr si je ne vous mets entre ses mains.Que ferons-nous? O Dieu! donnez-nous la sagesse pour nous tirerde ce péril. Il faudra, Télémaque, que je vous mène au Palais duRoi. Vous soutiendrez que vous êtes Cyprien de la ville d'Ama-tonte, fils d'un Statuaire de Vénus. Je déclarerai que j'ai connuautrefois votre pére, & peut-être que le Roi, sans approfondir da-vantage, vous laissera partir. Je ne vois plus d'autres moyens de sauver votre vie & la mienneJe répondis à Narbal : Laissez périr un malheureux que le destinveut perdre ; je sai mourir, Narbal, & je vous dois trop pour vousentrainer dans mon malheur. Je ne puis me résoudre à mentir. Jene suis point Cyprien, & je ne saurois dire que je le suis. Les Dieuxvoyent ma sincérité ; c'est à eux à conserver ma vie par leur puis-sance, s'ils le veulent, mais je ne veux point la sauver par un men-songe.Narbal me répondit : Ce mensonge, Télémaque, n'a rien quine soit innocent; les Dieux mêmes ne peuvent le condamner : il nefait aucun mal à personne ; il sauve la vie à deux innocens ; il netrompe le Roi que pour l'empêcher de faire un grand crime. Vouspoussez trop loin l'amour de la vertu, & la crainte de blesser laReligion.Il suffit, lui disois-je, que le mensonge soit mensonge, pourn'être pas digne d'un homme qui parle en présence des Dieux, &qui doit tout à la vérité. Celui qui blesse la vérité, offense lesDieux, & se blesse soi-même ; car il parle contre sa conscience.Cessez, Narbal, de me proposer ce qui est indigne de vous & demoi. Si les Dieux ont pitié de nous, ils sauront bien nous déli-vrer. S'ils veulent nous laisser périr, nous serons en mourant lesvictimes de la vérité, & nous laisserons aux hommes l'exemple depréférer la vertu sans tache à une longue vie : la mienne n'est déjaque