DE TELEMAQUE. Liv. III. 47soin d'eux quand ils sont malades; en leur absence on a soin de leursfemmes & de leurs enfans. S'ils périssent dans un naufrage, ondédommage leur famille ; on renvoye chez eux ceux qui ont serviun certain tems. Ainsi on en a autant qu'on en veut. Le pére estravi d'élever son fils dans un si bon métier, & dès sa plus tendrejeunesse il se hâte de lui enseigner à manier la rame, a tendre lescordages, & à mépriser les tempêtes. C'est ainsi qu'on mêne leshommes sans contrainte par la récompense & par le bon ordre.L'autorité seule ne fait jamais bien : la soumission des inférieurs nesuffit pas : il faut gagner les cœurs, & faire trouver aux hommesleur avantage dans les cho$es où l'on veut $e $ervir de leur indu$trie.Après ce discours Narbal me mena visiter tous les magazins, lesArsenaux & tous les métiers qui servent à la construction des navi-res. Je demandois le détail des moindres choses, & j'écrivois toutce que j'avois appris, de peur d'oublier quelque circonstance utile.Cependant Narbal qui connoi$$oit Pygmalion, & qui m'aimoit,attendait avec impatience mon départ, craignant que je ne fussedécouvert par les espions du Roi, qui alloient nuit & jour par toute la ville : mais les vents ne nous permettoient pas encore de nousembarquer. Pendant que nous étions occupez à visiter curieusementle port, & à interroger divers Marchands, nous vîmes venir à nousun Officier de Pygmalion, qui dit à Narbal : Le Roi vient d'ap-prendre d'un des Capitaines des vaisseaux qui sont revenus d'Egypteavec vous, que vous avez amené un étranger qui passe pour Cyprien : le Roi veut qu'on l'arrête, & qu'on sache certainement dequel pays il est; vous en répondrez sur votre tête. Dans ce mo-ment je m'étois un peu éloigné pour regarder de plus près les pro-portions que les Tyriens avoient gardées dans la construction d'unvaisseau presque neuf, qui étoit, disoit-on, par cette proportionexacte de toutes ses parties, le meilleur voilier qu'on eût jamais vudans le port, & j'interrogeois l'ouvrier qui avoit réglé cette pro-portion.Narbal surpris & effrayé, répondit : Je vais chercher cet étran-ger qui est de l'Isle de Cypre. Mais quand il eut perdu de vuë cetOffi
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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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