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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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44 LES AVANTURESqui vont chercher des nouvelles dans la place publique, ou regarderles étrangers qui arrivent sur le port. Les hommes sont occupez àdécharger leurs vaisseaux, à transporter leurs marchandises ou à lesvendre, à ranger leurs magazins, & à tenir un compte exact de cequi leur est par les négocians étrangers. Les femmes ne cessentjamais, ou de filer les laines, ou de faire des desseins de broderie,ou de ployer les riches étoffes.D' vient, disois-je à Narbal, que les Phéniciens se sont rendus les maîtres du commerce de toute la terre, & qu'ils s'enrichis-sent ainsi aux dépens de tous les autres peuples ? Vous le voyez, merépondit-il : la situation de Tyr est heureuse pour le commerce ;c'est notre Patrie qui a la gloire d'avoir inventé la navigation. LesTyriens furent les prémiers (s'il en faut croire ce qu'on raconte dela plus obscure antiquité) qui domptérent les flots long-tems avantl'âge de Typhis & des Argonautes tant vantez dans la Gréce. Ilsfurent, dis-je, les prémiers qui osérent se mettre dans un frêle vais-seau à la merci des vagues & des tempêtes, qui sondérent les a-bimes de la mer, qui observèrent les Astres loin de la terre, sui-vant la Science des Egyptiens & des Babyloniens ; enfin qui réu-nirent tant de peuples que la mer avoit séparez. Les Tyriens sontindustrieux, patiens, laborieux, propres, sobres & ménagers :ils ont une exacte police, ils sont parfaitement d'accord entre eux ;jamais peuple n'a eté plus constant, plus sincére, plus fidéle, plussur, plus commode a tous les étrangers.Voilà, sans aller chercher d'autre cause, ce qui leur donne l'em-pire de la mer, & qui fait fleurir dans leur port un si utile commer-ce. Si la division & la jalousie se mettoient entr'eux; s'ils com-mençoient à s'amolir dans les délices & dans l'oisiveté; si les pré-miers de la Nation méprisoient le travail & l'économie ; si les Artscessoient d'être en honneur dans leur ville; s'ils manquoient de bon-ne foi envers les étrangers; s'ils altéroient tant soit peu les réglesd'un commerce libre ; s'ils négligeoient leurs manufactures, & s'ilscessoient de faire les grandes avances qui sont nécessaires pour rendreleurs