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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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DE TELEMAQUE. Liv. III. 43Les brebis, qui belent avec leurs tendres agneaux, bondissent surl'herbe. coulent mille ruisseaux d'une eau claire. Enfin on voitau-dessous de ces pâturages le pied de la montagne, qui est comme un jardin : le Printems & l'Automne y régnent ensemble poury joindre les fleurs & les fruits. Jamais ni le soufle empesté du Mi-di qui séche & qui brûle tout, ni le rigoureux Aquilon n'ont oséeffacer les vives couleurs qui ornent ce jardinC'est auprès de cette belle côte que s'élève dans la mer l'Isleest bâtie la ville de Tyr. Cette grande Ville semble nager au-dessusdes eaux & être la Reine de toute la mer. Les Marchands y abor-dent de toutes les parties du monde, & ses habitans sont eux-mê-mes les plus fameux Marchands qu'il y ait dans l'Univers. Quandon entre dans cette ville, on croit d'abord que ce n'est point uneville qui appartienne à un peuple particulier ; mais qu'elle est la ville commune de tous les peuples, & le centre de leur commerce.Elle a deux grands Môles, semblables à deux bras qui s'avancentdans la mer, & qui embrassent un vaste port les vents ne peu-vent entrer. Dans ce port on voit comme une forêt de mâts de na-vires ; & ces navires sont si nombreux, qu'à peine peut-on décou-vrir la mer qui les porte. Tous les Citoyens s'appliquent au com-merce, et leurs grandes richesses ne les dégoûtent jamais du travailnécessaire pour les augmenter. On y voit de tous côtez le fin lind'Egypte, & la pourpre Tyrienne deux fois teinte, d'un éclat mer-veilleux : cette double teinture est si vive, que le tems ne peut l'effacer : on s'en sert pour des laines fines qu'on rehausse d'une broderie d'or & d'argent. Les Phéniciens ont le commerce de tous lespeuples jusqu'au détroit de Gades ; & ils ont même pénétré dansle vaste Océan qui environne toute la terre. Ils ont fait aussi delongues navigations sur la mer rouge, & c'est par ce chemin qu'ilsvont chercher dans des Isles inconnuës de l'or, des parfums, & di-vers animaux qu'on ne voit point ailleurs.Je ne pouvois rassasier mes yeux du spectacle magnifique de cettegrande ville, tout étoit en mouvement. Je n'y voyois pointcomme dans les villes de la Gréce des hommes oisifs & curieux,F 2qui